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19 mai

Visite au temple

Un peu en retard, ma visite dans le Comté de Hengxian de jeudi dernier

 

Le soleil tape dur, mais des Chinois par centaines et de tous âges, remontent le chemin en terre qui mène du village de Zhan Xu jusqu’au vieux temple érigé en la memoire du Général Ma. Aujourd’hui, le 14e jour du 4e mois selon le calendrier lunaire, c’est la Fête de « fu bo jie » pour tous les habitants des environs du fleuve Yujiang.

 

Le temple, du haut de ses petites collines, surplombe cet affluent de la Rivière des Perles, un excellent fengshui pour abriter la statue du célèbre Général Ma Jie ! Qu’a donc fait ce Général pour mériter un temple et une fête annuelle à lui tout seul ? Et bien il faut remonter loin, très loin, jusqu’à la dynastie des Han pour trouver la réponse :  « en l’an 40, le Grand Ma jiangjun (général) de passage dans la région, fit preuve d’un courage et d’un esprit stratégique exceptionnel en repoussant les invasions fluviales qui menaçaient les villages alentours. Il gagna en même temps l’amour du peuple grâce à sa simplicité et sa spontanéité à discuter avec les petits paysans ». Ca, c’était un homme de terrain ! Alors pour lui rendre hommage, on batît un temple quelques années plus tard qui sera restauré d’abord sous la dynastie des Song, puis sous celles des Ming et Qing . Le Général Ma a été « divinisé » comme d’autres grands personnages chinois, une statue du Général trône maintenant au centre du temple, le visage sévère, non sans rappeler la divinité taoïste Guanyu, le dieu de la guerre que l’on retrouve dans beaucoup de temples chinois (lui aussi personnage réel à la base dont la bonté et les mérites en firent un protecteur).

 

Tous les ans depuis, 3 jours et 3 nuits de commémoration sont donc organisés dans ce temple et rassemblent la plupart des habitants des villages voisins. Les « fidèles » allument des pétards à l’entrée du temple, font brûler de l’encens, et répètent les mêmes gestes que pour le culte des ancêtres le 5 avril (fête des morts) ou au Nouvel An chinois pour la visite aux défunts. Certains ont apporté des offrandes : biscuits, petits pains vapeurs, bonbons, huile d’arachide... qu’ils déposent au pied de la statue du Général Ma, sur une table où un tas de nourriture trop ambitieux menace de s’écrouler. D’autres achètent un petit sachet de riz, 50g environ, qu’ils feront cuire pour leurs enfants, c’est quelques grains achetés au temple apporteront certainement beaucoup de bonheur à ceux qui les mangeront.

 

A l’extérieur du temple se déroule une bien étrange cérémonie dans laquelle on « vend » le bonheur également. Pour 3 yuans (0,3 euro), un rituel et un « parcours santé » nous garantissent 10 heureuses prochaines années ; le prix d’un bon gros bol de nouilles, un excellent investissement ! A en juger par la foule qui s’est agglutinée pour participer, beaucoup sont persuadés de la valeur fondée de l’exercice : on entre d’abord par une porte en papier après avoir attrapé le ruban rouge lancé par le « maître de cérémonie » qui mène ensuite la personne se prosterner devant des « icônes » de dieux taoïstes. Celle-ci va ensuite s’assoir sur un banc à côté jusqu’à ce qu’un groupe d’une dizaine de personnes soit formé. Un autre organisteur vient alors les chercher et les emmène pour un tour de quelques minutes, tous à la queue leu-leu, tenant le ruban rouge du chef de file, tout ça sur le son des flutes et cymbales stridantes qui précèdent le cortège. Le groupe passe sous une espèce de tonnelle artisanale, certainement très symbolique, puis arrive à l’ultime étape de la procession : le pont infernal ! Il s’agit en fait d’un petit chemin en zig-zag fait d’étroites bandes de nattes tressées et posées en équilibre sur des bols retournés... une dizaine de pas à faire, sans tomber bien sûr (sinon retour à la case départ ???), pour arriver de l’autre côté, celui du bonheur bien mérité j’imagine (voir photo ci-dessous).

 

Tout ça est très déconcertant, surtout que beaucoup de Chinois, loin de la dimension solennelle, se livrent au parcours un brin amusé... alors est-ce plus un jeu qu’un rite ? Après avoir observé 4 ou 5 groupes passés, je suis toujours aussi perplexe.Disons que le parcours relève du divertissement symbolique, ou du symbole divertissant, comme vous voudrez... finalement, je trouve qu’ils ont raison, autant faire ça dans la bonne humeur.

 

13h, je prend la direction du retour. Il est temps, la foule arrive au temple de plus en plus nombreuse. Je me demande si la table où l’on entasse les offrandes tiendra le coup... Quel succès pour ce Général Ma ! Et pourtant, l’entrée au temple est payante cette année pour limiter les participants, ou bien pour s’harmoniser avec l’économie de marché... Je calcule qu’entre l’entrée, l’encens, les offrandes, et les divers charlatanismes, chaque personne dépense entre 15 et 25 yuans pour honorer son protecteur, le revenu moyen mensuel des paysans du coin tournant autour de 200 yuans. Alors à ce prix-là, le Général Ma a intérêt de continuer à protéger son peuple !

11 février

Tirs et Dragons

Tous les ans a lieu une fête très particulière à Bingyang (80 km de Nanning), la fête des pétards et des dragons, ou « pao long jie » puisque ça sonne quand même mieux en mandarin, au 11e jour de la Nouvelle année chinoise. Ce soir-là, tout le monde est dans la rue et tente d’attraper un bout de la crinière des dragons pour avoir de la chance tout au long de l’année.

 

19h00, la nuit est tombée sur la petite ville de Bingyang, les magasins ont baissé leur rideau beaucoup plus tôt qu’à l’habitude, les derniers à table se pressent pour finir leur dîner et rejoindre les milliers de personnes qui ont envahi les rues du centre-ville en attendant le passage des dragons. Depuis plus de 300 ans à Bingyang, on célèbre « pao long jie » avec tradition et avec, tous les ans, un peu plus de ferveur, puisque cette fête devenue célèbre dans le Guangxi et même au-delà des frontières de la région, attire de plus en plus de participants, on parle de 60 000 personnes entrées dans la ville exprès pour l’évènement cette année, et j’en fait partie.

 

Les amis de Nanning avec qui je suis venue m’ont parlée de pétards, de dragons, de fumée... mais voilà, je n’en sais pas plus. Nous entrons dans la ville en « taxi-3 roues » puisqe la police a fermé tous les grands axes depuis l’entrée de Bingyang, et c’est à pied que nous terminons les derniers mètres pour arriver au « coeur de l’action ». A mesure que nous avançons, le bruit des pétards s’intensifie et résonne aux 4 coins de la ville, la foule s’amasse autour, mais autour de quoi ?... des détonations incessantes, de la fumée grisâtre qui envahit l’atmosphère...  impossible d’approcher pour en savoir plus.

 

La stratégie est donc de se poster sur le chemin que va emprunter l’un des dragons et d’attendre son passage, bien sûr, équipés de munitions pour l’accueillir comme il se le doit ! Les dragons mesurent environ 30 mètres de long, et prennent vie grâce à la dizaine d’hommes sous chacun, qui les font danser au rythme des tambours précèdant le cortège.

 

A 50m de notre position, le feu fait rage... Je ne vois toujours rien de ce qu’il se passe à cause des centaines et centaines de personnes qui forment le « front » de devant . De temps en temps quand même, j’aperçois une forme dépasser de la foule et qui semble cracher du feu tant les jets de pétards sont nombreux. Le dragon approche petit à petit, minute après minute la fumée gagne du terrain, la tension monte chez toutes les personnes qui se sont postées au même endroit que nous, « cartouches » de pétards en main, briquets prêts à dégainer...

 

Et puis tout à coup, les tambours arrivent. Tout le monde pousse pour s’approcher près de la route et réussir son tir de pétards qui brûlera peut-être la moustache du dragon, sa crinière, son ventre (pour la prospérité), ou sa queue. Mais où est le dragon ? je reste à côté des tambours, guettant l’arrivée du monstre, les gens autour cherchent comme moi la silhouette qui devrait surgir de la fumée d’un instant à l’autre après avoir échapper au groupe de devant. On retient son souffle... surtout pour ne pas inhaler la fumée de plus en plus piquante...

Le voilà ! Très vite, les pétards se mettent à résonner de partout, les gens, sur-excités, allument les mèches et les lancent en direction du dragon qui essaie de les éviter, j’en vois certains qui brandissent leurs cartouches de pétards allumées au-dessus de leur tête comme des lasso et les balancent au dernier moment avant le bouquet final, il y a même un enragé qui enroule la cartouche sur son torse, l’allume et attend que la mèche arrive au niveau de ses épaules pour l’envoyer sur la bête ! Plus qu’un jeu, c’est de l’art ! Je regarde émerveillée cette foule en délire, ce dragon qui n’en finit pas de danser, onduler, esquiver les pétards... Par moment le dragon se cabre et disparait, le chef de file, en charge de la tête, a été fouetté par l’explosion de pétards, mais il se relève très vite, fier de pouvoir faire danser le dragon de la Nouvelle année. Le spectacle s’achève au bout de quelques minutes laissant derrière lui un nuage de fumée épaisse qui prend le nez, la gorge, les yeux, je comprends maintenant pourquoi on m’a donné un masque chirurgique !  Je reprends mes esprits, prête à quitter le trottoir, mais le dragon fait demi-tour et revient à la charge ! les pétards reprennent de plus belle, et j’ai juste le temps de voir la tête du dragon revenir au galop avant de le voir s’évanouir dans la fumée. Les jets de pétards de la population en transe n’en finissent plus, j’ai du mal à croire que mes oreilles soient protégées par d’épaisses boules de coton....

 

 Le bruit des pétards baisse à peine quand le dragon fait à nouveau demi-tour, mais cette fois, je ne vois plus rien... la fumée est trop dense pour y voir à 1m, je tousse, je suffoque, mais les détonations incessantes sont si ennivrantes, je ne peux me résoudre à m’éloigner, l’ambiance est complètement folle. Au bout de quelques secondes, la tête du dragon surgit, c’est incroyable comme cela peut paraître vrai, l’impression soudain de se retrouver nez à nez avec une légende vivante. Un homme à côté de moi brandit un morceau de fil rouge, sur-excité, ses pétards ont atteint les moustaches du dragon, un signe de bonne augure pour la nouvelle année.

 

Le dragon passera 5 fois en tout devant nous, de plus en plus amoché, de plus en plus excité. Pour les 2 derniers passages, je suis aux premières loges, les morceaux de pétards volent partout, j’ai de la suie plein les yeux, des décibels plein les oreilles, mais je suis aux anges, l’ambiance est indescriptible.

Si j’avais su qu’un dragon me réconcilierait avec les mammouths...