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27 juillet En route!Le meilleur moyen pour se déplacer dans le Guangxi, c’est le car. Un réseau très complet a été mis en place dans la région, il s’étend d’abord des grandes villes jusqu’aux petites villes, puis des petites villes jusqu’aux communes, puis des communes jusqu’aux villages.... même si la région affiche un sacré déficit en autoroutes (et c’est tant mieux), elle est championne dans le nombre de cars et mini-bus qui dessert presque jusqu’au plus petit bled de la région (quand il y a une route bien sûr !). Alors, vous montez ?
La grande gare routière de Langdong à Nanning : Des bus par dizaines étincellent dans les couloirs de départ, on court du guichet à sa porte d’embarquement, les cars partent à l’heure, tous les 15 minutes pour Guilin (à 400 km de Nanning), tous les 10 minutes pour Liuzhou (à 200 km), toutes les 20 minutes pour Beihai (à 200 km), en tout plus de 80 destinations pour la région et les grandes villes des région alentours, ça c’est de l’organisation ! Une fois sa place trouvée dans le car, on attend les consignes de la dame en rose, ou l’hôtesse de terre « il est interdit de fumer et de cracher par terre
Changement de décor, la petite gare routière de Jingxi, semblable à toutes les gares routières de chef de comté. Des mini-bus aux amortisseurs usés par les routes ondulées attendent les voyageurs pour les transporter dans les communes voisines :
L’horaire annoncée est passée depuis 10 minutes, le chauffeur se décide enfin à lâcher son journal et à démarrer le mini-bus où 5 personnes ont pris place. Le moteur râle, grince, gémit et finit par s’éteindre.... il faut s’y reprendre à plusieurs fois pour enfin donner à l’engin des consonances de bolide. Voilà, c’est le grand départ ! on laisse loin derrière le parking misérable de la gare routiere. Pas si loin finalement...à peine 100 mètres et le bus ralentit déjà : « Shuolong, Shuolong !!! » crie le jeune homme d’une vingtaine d’années faisant office de portier par une des fenêtres coulissantes. Aussitôt, un homme attablé à la terrasse d’un boui-boui laisse son bol de nouilles en plan, une femme agite les bras depuis son balcon « Shuolong ? attendez-moi ! », un jeune, flottant dans un jean délavé, sort tranquillement d’une arrière-boutique et traîne ses claquettes jusqu’à la porte du bus. Pourquoi se presser, le mini-bus effectue de toutes façons les premiers 800 mètres au ralenti, le temps de trouver assez de clients pour rentabiliser le voyage.
A la sortie de Jingxi, 10 voyageurs sont installés dans le mini-bus, le chauffeur passe enfin la seconde ! Cette fois, c’est parti, le mini-bus enfile les kilomètres à travers la campagne, les montagnes, les rizières, les paysages merveilleux... la route est peu encombrée, très peu de personnes par ici possèdent sa propre voiture, on prend les cars par commodité pour se déplacer. Premier coup de frein : le chauffeur a vu un paysan agiter sa bêche depuis un champ, un nouveau client pour Shuolong, il gare grossièrement le bus sur le côté en attendant que le paysan parcourt les derniers mètres le séparant de la route. Quelques secondes plus tard, celui-ci traverse en courant la dernière rizière, enjambe le petit fossé, rejoint les passagers et salue, de la manière bien chinoise, le chauffeur qu’il semble bien connaître : « Huang Jian, mon vieil ami, t’as mangé ? ». Le paysan s’installe à la place de devant, à côté du chauffeur, et tout deux commencent à discuter à voix forte de l’orage passé la veille sur le comté alors que le mini-bus reprend, dans un énième essoufflement mécanique, la route sinueuse de laquelle il s’était en partie écarté.
Quelques kilomètres plus loin, c’est un jeune couple chargé de tous ses effets personnels emballés vulgairement dans de grandes housses en plastique rayé qui surgit à l’entrée d’un hameau et fait signe au conducteur de s’arrêter, puis une femme avec un bébé attaché dans le dos à l’aide d’un grand foulard brodé, et enfin, un petit vieux et son coq dont la tête dépasse d’un sac en grosse toile... On commence à se serrer pour libérer des places assises aux derniers arrivés, lever les pieds pour entasser les cartons, sacs, paniers, bidons d’huile d’arachide, et autres bazars apportés par chacun. Le coq trouve également sa place sous la banquette usée, à côté du wok tout neuf transporté par le jeune couple... un mauvais présage ? L’animal ne peut s’empêcher de lancer un « cocorico » lamentable... les rires des femmes s’élèvent, et les plus belles plaisanteries de circonstance fusent à travers tout le bus qui poursuit sa course à travers les montagnes venues remplacer la plaine de Jingxi.
Une femme sur le bas-côté hêle à nouveau le mini-bus : « vous passez par Hu Run ? - oui, allez, montez-vite - mais... comment je fais pour eux ? » Elle montre une grande cage rudimentaire en osier derrière elle dans laquelle sont entassés une douzaine de canards bien bavards
Après une dizaine de kilomètres, le bus entre dans un village très animé, c’est jour de marché à Hu Run. Plusieurs passagers se lèvent, récuperent leurs paquets et préparent leur bâton de bois ou de bambou qui leur permet de transporter leurs lourds colis en équilibre sur l’épaule (la palanche). Le vieillard attrape son coq pendant que la « femme aux canards » se fait aider pour récuperer sa cage avant de l’installer sur le bord de la route où se trouvent déjà plusieurs « stand » de volailles. « Shuolong, Shulong !!! », il faut trouver de nouveaux clients pour combler les places vides. L’heure est mauvaise, personne ne veut quitter si tôt le marché de Hu Run, seulement une personne monte : une petite boulotte qui se cale rapidement dans un siège avant de décortiquer une par une les cacahuètes qu’elle a dans un sac en plastique rouge, les résidus tombent à ses pieds, à côté des coques et feuilles de litchi laissées par les précédents voyageurs.
L’ambiance des premiers kilomètres est retombée dans le car partiellement vidé d’hommes et totalement de sa basse-cour... Le chauffeur s’improvise en DJ et lance dans son lecteur CD bon marché un des tubes les plus appréciés par ici. Deux jeunes, aux cheveux décolorés et dégradés dans la nuque, fredonnent les premières notes dans un mandarin approximatif à la limite du zozotant, comme le veut l’accent local. Le disque saute à chaque mouvement de la route, peu importe, ils connaissent les paroles par coeur, d’ailleurs le chauffeur les rejoint au moment du refrain « ru guo na tian ni bu zi dao wo he le duo sao bei... ». Les passagers sont contents, l’ambiance est revenue, le portier a même délaissé son portable multicolore sur lequel il envoyait des télé-messages entre chaque voyageur, pour se joindre à la chorale. Son visage se crispe à la recherche du timbre parfait, il passe une main dans ses cheveux mi-longs d’un orangé suspect et, chérissant un micro invisible, il incarne toute une génération de chanteurs... refoulés « ke si wo xiang xin wo xin zong di gan jue... ».
Les tubes de Dao Lang passés en revue l’un après l’autre auront eu raison des derniers kilomètres. Le bus entre en klaxonnant dans la petite bourgade de Shuolong et se gare sur le bas côté de la route puisqu’ici, il n’y a pas de gare routière. Les passagers récupèrent leurs affaires, s’acquittent de la course auprès du portier et se dispersent déjà dans le village. Le jeune couple monte directement dans un touk-touk (taxi 3 roues) qui attendait sur la place principale, sans doute pour se rendre dans un village un peu plus reculé. Le chauffeur éteint le moteur, allume une cigarette et reprend la lecture de son journal où il l’avait laissée, le portier compte rapidement les billets dans son sac-banane tandis que les premiers voyageurs commencent à monter. « Jingxi, Jingxi !!! » 14 octobre Plus bête que méchantDans la catégorie « points positifs du Guangxi » : le climat subtropical Dans la catégorie « points négatifs du Guangxi » : les bestioles et vermines relatives au climat subtropical…
Commençons par la « spécialité » de la région, l’insecte le plus craquant (sous la chaussure…) et le plus inattendu (dans… la chaussure), merci à Mère Nature d’avoir eu l’idée de créer les blattes et de les avoir introduit dans un environnement aussi propice à leur propagation… et à leur développement corporel… 4 à 8 cm de bonheur qui remonte des canalisations d’égouts et vient vous narguer juste avant de se faufiler derrière la télé... grrr, je t’aurai sale bête. La bonne nouvelle, c’est que la blatte est complètement inoffensive, on retiendra donc juste que c’est absolument répugnant.
Autre petit chef d’œuvre régionale : la variété de moustiques… Avouez que tant qu’à faire d’avoir de la « mousticaille », autant cultiver la différence ! Et puis de cette manière, ça permet d’expérimenter différentes sortes de piqûres… entre celles qui démangent à s’en arracher la peau, celles qui enflent, celles qui restent 10 jours et celles qui disparaissent au bout d’une heure, on en est si excité que l’on aurait presque envie d’applaudir le ballet aérien de ces chers moustiques casse-noisettes. Remarque : des nuits très agitées si vous oublier de brancher votre répulsif à moustiques. Quant à la présence du palu dans la région, les avis sont assez controversés, certaines sources étrangères disent que oui, d’autres non… Moi je retiens le non. Je n’ai jamais entendu parler de quiconque ayant attrapé le palu par ici, et les étrangers ne font généralement pas le traitement avant de venir.
Pas trop d’inquiétudes non plus du côté des araignées. La plupart sont tellement petites que l’on se demande si elles n’ont pas été importées des pays tempérés… Pas de panique, les « mygales locales » font aussi quelques brèves apparitions. Voila qui redore la réputation de la région ! Bien sûr, ce ne sont pas des mygales : pas poilues, pas venimeuses, mais des mensurations… 15 bon cm de diamètre, ça surprend (sur un mur blanc), surtout quand elles se mettent a sautiller…
Pour compléter ce chapitre sur les petites surprises du climat subtropical, je ne pouvais omettre de parler des reptiles, et j’en vois déjà qui se préparent à déchirer leur billet d’avion pour leurs prochaines vacances dans le sud de la Chine (« s’en est trop ! ») Arrêtez ! Oui, il y a des serpents ici, et même de très venimeux, des cobras…. Alors forcément, on n’en trouve pas à chaque coin de rue… ‘faut vraiment le faire exprès pour tomber dessus. Enfin pour ma part, je n’ai jamais eu de problème avec les serpents, même si j’ai eu quelques bonnes frayeurs en rencontrant des spécimens que je n’avais pu observer jusqu’ici, qu’en vivarium! Un mot sur les lézards… ils sont gentils.
Finalement, on pousse un gros « ouf » de soulagement, le Guangxi ne s’en sort pas si mal. Avec ce climat chaud et humide, on aurait pu trouver des scorpions dans notre lit, des anacondas sous l’armoire, des alligators dans les lacs… alors ce n’est pas deux-trois bestioles un peu plus grosses que la moyenne qui vont nous gâcher la vie. Voila, ça c’est pour rassurer les gens et leur faire comprendre qu’on ne vit pas en pleine foret amazonienne non plus !
PS : J’encourage vivement les passionés d’insectes à venir voir ce qu’il grouille comme Pokémon par ici, impressionnant. 15 août Casse-tête chinoisL’obstacle principal des étrangers qui partent voyager seuls en Chine est la barrière de la langue. Alors évidemment, on arrive toujours à communiquer et se faire plus ou moins comprendre avec des dessins, des gestes, voire des bruitages…
Autre problème de chiffres et de mains, le « un » ne s’exprime pas par le pouce levé, mais par l’index levé, amusante source de confusion : il y a quelques mois, des Français invités au restaurant par des Chinois dont la coutume est de bien arroser les repas, en ont fait les frais. Les bouteilles de bière avaient envahi la table de déjeuner et nos amis français commençaient sérieusement à voir double du fait de l’extrême convivialité des Chinois. « Un seul verre, le dernier verre, tu leur dit Bérénice, on en peut plus », et tout en me disant ça, ils levaient le pouce en direction des Chinois. Erreur ! En Chine, lever le pouce n’a pas du tout la signification du chiffre « un », mais l’autre signification que nous connaissons également : « très bien, génial, satisfaction ». Ainsi les Chinois étaient, de leur côté, persuadés que les Français appréciaient tout cet alcool, et forcément, continuaient à remplir les verres tout en répondant avec le même geste mais avec la signification chinoise « très bien, bravo » parce que leurs invités étaient de merveilleux buveurs et ils les en félicitaient. Les pauvres Français en face continuaient avec leur pouce levé « un verre hein, un seul ». Tout ça en souriant parce que, quand même, il fallait rester poli… Ils auraient pu continuer ainsi pendant des heures « super, very good, qu’est-ce que vous buvez bien », disaient les Chinois, « oui-oui, le dernier verre, un seul verre, un » disaient les Français… Hi hi hi hi…
Dans ces moments là, forcement, je m’amuse beaucoup de l’incompréhension entre deux cultures et du genre de situations cocasses que cela peut apporter ! Je riais moins pourtant il y a quelques années quand je me faisais joyeusement écraser les pieds par les Chinois… je disais « aïe ! », mais personne ne s’excusait, on m’ignorait « quelle impolitesse, d’accord ils sont nombreux mais on demande pardon quand on plante son talon aiguille dans une pauv’ petite fille en tong ». Jusqu’au jour où j’ai compris que la douleur ne se faisait pas « aïe » en Chine mais « ayo ! »
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