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29 septembre Le Lijiang à piedsLe mois dernier, j’ai enfin pu concrétiser la petite balade qui me trottait dans la tête depuis un moment : rejoindre Yangshuo depuis Guilin à pieds en longeant la rivière Lijiang. Les Chinois de la région connaissent l’existence de ce petit chemin sinueux qui slalome entre montagnes et rivière sur 83 Km, mais peu d’entre eux s’y aventurent, pas que ce soit dangereux, non, juste pas vraiment en phase avec les mentalités («on vient d’acheter une grosse Audi et on ferait le trajet à pieds comme des paysans?! »). Après avoir déniché sur internet une carte de la zone tracée à la main et les avis très favorables de jeunes Chinois qui avaient fait l’expérience du « tu bu li jiang » (le Lijiang à pieds) quelques mois plus tôt, j’ai donc enfilé mon sac à dos et mes gros godillots pour cette première grande traversée en solitaire.
Pour être honnête, parce que j’ai beau me cacher derrière un écran d’ordinateur je n’aime pas les sornettes, j’ai sauté les 2 premières étapes du trajet et commencé au Km 33, là où les paysages deviennent vraiment grandioses, et puis il me semblait que 50 km sur 2 jours étaient déjà bien suffisants pour moi toute seule. Jour 1, Yangdi-Xingping: il fait beau, il fait chaud, je débarque en mini-bus à Yangdi et c’est avec mon short tout propre et mon t-shirt bien sec que je me lance sur un trajet pas vraiment compliqué ; il suffit simplement de trouver le petit chemin qui longe la rivière (d’un côté ou de l’autre de la rive), éviter les pièges des fausses pistes qui s’enfoncent dans la montagne, sauter à travers les moustiques qui ont fait des rives du Lijiang leur paradis, boire de l’eau encore et encore sous le soleil accablant, et demander sa direction quand on a la chance de croiser des locaux. Ce que je retiens en arrivant à Xingping après 4h et demi et 22km : « wah la vach... c’est beau ! mais pas gagné pour demain, la route est encore longue ». D’autant plus que les Xingpingais avec qui j’ai pu discuter en fin d’après-midi me déconseillent tous de m’aventurer sur le chemin Xingping-Yangshuo, « ça n’a rien à voir avec ce que tu as fait aujourd’hui », trop broussailleux, trop montagneux, trop long, trop peu habité, trop inondé, trop « labyrintheux »... tels sont leurs arguments. Non, non et non ! j’ai une carte, j’ai des récits, j’ai des preuves que c’est faisable !!! Mais ils me découragent tous... tous sauf la petite serveuse de l’auberge où je me suis installée à Xingping qui m’indique la direction à prendre à la sortie du village : « de toutes façons, tu parles chinois, tu arriveras toujours à te débrouiller ». Ah enfin, merci !
Jour 2, Xingping-Yangshuo : les étirements de la veille ont eu du bon, mes jambes ont retrouvé leur vitalité du premier jou.... d’hier, et c’est sous le même soleil de plomb que je m’engage sur le chemin de Yangshuo, un chemin qui devient vite encombré d’embûches et obstacles. Au bout d’une heure de marche, je débouche tout simplement sur... la rivière... plus aucune issue à part l’eau ou la falaise abrupte de la montagne. ILS avaient raison... le chemin n’est pas pratiquable en été quand l’eau est au plus haut... découragement, soupirs ô désespoirs... mais il est hors de question d’abandonner, surtout à 10h du matin... Je reviens donc sur mes pas sur quelques centaines de mètres, laisse la rive du Lijiang derrière moi et me lance dans un chemin de montagne qui monte, qui monte, qui monte, je ne sais pas bien où mais certainement quelque part puisqu’il est tracé ! Après quelques minutes de grimpe, je découvre avec émerveillement un panorama de montagnes et d’eau à 180 degrés comme jamais je n’avais vu avant... moi qui pensais que tous mes voyages dans la région m’avait rendu insensible au charme des paysages de pics karstiques, je ne pensais vraiment pas pouvoir être encore surprise à ce point-là « put... la va... sa mè...
Après plusieurs minutes d’extase, je poursuis le chemin qui s’enfonce de plus en plus dans la montagne et finit par se réduire à de petites tranchées broussailleuses partant dans toutes les directions. Un nouveau problème d’orientation se pose. Après plusieurs mètres hasardeux, je tombe sur un paysan à l’ouvrage dans ses plantations qui m’indique la direction à suivre pour retomber sur le chemin qui longe le Lijiang de l’autre côté des montagnes. Alors que, dégoulinante, je reprends la route sous le soleil de midi, le paysan me rattrape et m’invite à m’asseoir chez lui le temps de reprendre des forces et de me rafraîchir. Avec joie... sa famille est installée dans une petite maison en bois tout près de là, je suis accueillie par sa femme et leur petit garçon de 5 ans. Ils allument leur unique ventilateur raccordé à un modeste générateur, leur seule source d’électricité, pour que j’ai moins chaud (je dois être dans un état pas possible Avant de reprendre la route, le paysan, qui est décidément très gentil, complète ma carte de la zone en rajoutant le nom de petits villages qui n’y sont pas indiqués afin de faciliter mon grand « jeu de piste » et m’accompagne jusqu’en haut de la montagne pour me montrer par où redescendre « voila, c’est ici, tu suis le chemin jusqu’en bas, puis tu prends à droite et tu retomberas sur le Lijiang ». Quelle chance de l’avoir rencontré, je n’aurai jamais trouvé ce sentier toute seule. Après une demi-heure de descente, je retrouve effectivement la rivière, et c’est reparti pour Yangshuo, d’après le paysan « une fois que tu seras en bas, ce sera facile, tu suis toujours le fleuve, le chemin est très étroit par endroits mais tu as largement le temps d’arriver avant la nuit ». Le plus difficile passé (que je crois…), je continue donc sereine, flânant sur les bords de la rivière qui n’en finit pas de m’appeler par cette chaleur extrême, difficile de résister à l’envie de plonger dans ces eaux vertes aux reflets turquoises, peut-être qu’une autre fois je pourrais envisager le Lijiang à la nage ! Les broussailles reprennent petit à petit le dessus, et je me retrouve encore une fois dans une de ses fines bandes de terre à peine dégagée de son épaisse végétation et dont je ne vois pas la fin. Les toiles d’araignées témoignent de « l’intense circulation » sur cette section... mais je longe toujours le Lijiang, donc je suis bien sur la bonne voie. Une heure dans cette « jungle » et je débouche enfin sur une sorte de carrefour naturel au milieu duquel se dresse un gros arbre et d’où partent plusieurs petits chemins bien élagués. Je profite de cette endroit ombragé pour reprendre des forces, boire quelques gouttes de ma dernière bouteille, et jeter un coup d’oeil sur ma carte. C’est alors que je vois apparaître un buffle, puis deux, puis trois, puis un chien, puis un garçon d’une douzaine d’années, et enfin un homme qui doit être son père. Visiblement, ils sont surpris de me trouver ici, certainement sous « leur » arbre, là où ils se reposent chaque fois qu’ils emmènent les bêtes aux champs. Ils n’osent parler, alors c’est moi qui me lance : « bonjour, c’est bien par là Yangshuo ? » Ils me répondent à l’affirmatif mais je lis encore plus d’étonnement sur leurs visages... « non mais je sais, c’est encore loin, je veux juste être sure d’être dans la bonne direction... il est loin le prochain village ? Pubu tang je crois ? » Comme le petit garcon m’a répondu en souriant « pas si loin... », je renfile mon sac, les remercie et m’élance sur le chemin devant moi avec une énergie nouvelle, plus que quelques kilomètres et j’arriverai à Yangshuo... « Non !!! pas par là, par là ! » je me retourne, le père et le fils crient en choeur et m’indiquent ce qui doit être le bon chemin, «suis les rizières ! », me crient-ils. Aaaah... merci ! décidement, toute seule, j’aurais eu l’occasion de me perdre des dizaines de fois... « pas si loin, pas si loin... », à Nanning on m’aurait dit « à l’autre bout de la ville...». Les notions de distances sont certainement très différentes en campagne. Enfin, je profite du paysage magnifique, les « calanques de Guilin », et je rationne ma consommation d’eau en attendant de voir surgir le premier toit. Ce n’était certainement pas une idée très ingénieuse de me lancer dans cette randonnée en plein mois d’août par cette chaleur... c’est dur... on m’avait prévenue à Xingping... et si j’arrêtais tout ça au prochain village ? si je prenais une moto pour finir jusqu’à Yangshuo ? Enfin, un village se dessine devant moi, terre, terre ! C’est tout juste si je n’exécute pas un petit pas de danse en découvrant enfin ce point de ravitaillement. J’attrape ma bouteille de Wahaha (marque locale d’eau purifiée), la finis d’une gorgée et me lance à l’assaut de Pubu tang qui, si son nom dit vrai, devrait être une sorte de village « aux cascades », havre de verdure, fraîcheur des torrents, oasis salvatrice... Mirage... Pubu tang est aussi sec que Pékin en hiver... Après 100 mètres dans la poussière du village engourdi par la sieste et la chaleur de 14h, je tombe sur un garçonnet: « bonjour, dis-moi, tu peux m’indiquer où trouver une épicerie ? », aucune réaction... pas de petite épicerie de village ???... alors je repète, tremblante : « est-ce qu’il existe un endroit dans le village où l’on peut acheter des boissons ?». Son visage s’éclaire, merci... il me montre la maison en terre derriere lui. Une dizaine de personnes est réunie à l’intérieur, devant une vieille télé, une modeste vitrine présente quelques friandises, des pétards et des paquets de cigarettes. J’ai répéré un vieux congélateur derrière la télé où je trouve mon bonheur : de l’eau et une grande bouteille de « pschiiittt ananas ». C’est alors que le drame arrive quand je demande à l’assistance : « Euh... s'il vous plait... par où est-ce que l’on récupère le chemin qui longe la rivière jusqu’à Yangshuo ? » Certains commencent à rire, je ne sais pas bien si c’est pour ma question ou les gags du film... après quelques secondes de silence, on me répond qu’il n’y a PAS de chemin pour Yangshuo, qu’à partir d’ici, il faut longer la route et PLUS le fleuve, qu’il n’y a PAS d’autre solution à cette saison, que c’est PAS la peine de chercher de chemin... pas, pas, plus, plus... Nonnnnnnnnn !!! je ne me suis pas tapée tout ça pour finir sur le bitume ! Mais il faut déjà la rejoindre cette route, et le chemin qui sort du village n’en finit pas... d’ailleurs, j’ai l’impression d’être déjà arrivée dans un autre village, curieux qu’il n’y ait toujours pas eu de route... et puis c’est la révélation : les villageois de Pubu tang m’ont parlé de route mais ont-ils précisé « route goudronnée » ??? A quoi est-ce que je m’attendais ici au milieu de nul part, une 4 voies??? Leur « route » est un chemin sinueux et poussiéreux qui s’en va à travers la campagne entre montagnes et rizières... pour eux, c’est une route puisqu’à en juger par les traces, quelques camionnettes et motos doivent y passer de temps en temps, mais pour moi, cela reste un chemin, un bon chemin terrreux qui n’est bien pour marcher dessus Une heure, une heure et demi, j’avance mais toujours rien... enfin, à bout de forces, je croise un jeune en vélo auquel je peux poser la question fatidique, c’est quand qu’on arrive ?... « Yangshuo ? oh il reste une bonne dizaine de kilomètres ». Quoi ?!!!
« Vingt kilomètres à pieds, ça use, ça u-se, vingt kilomètres à pieds, ça use les souliers... et les pieds, et la tête, alouette encore aaaaaaaaaaaaah.. » « Qu’il est long, qu’il est loin ton chemin pap... bérénice... c’est vraiment fatigant d’aller où tu vas, qu’il est long qu’il est loin ton chemin bérénice, tu devrais t’arrêter dans ce coin... » non., pas question de s’arrêter, j’irai... « ...jusqu’au bout de mes rêves, jusqu’au bout des mes rêeee-ves, où la raison s’achève.. » « complètement toquéeeeeee, cette fille-là, complètement gaga... » « chauuuuuuuud cacao, chauuuuuud chocolat, si tu me donnes l’entrée de Yangshuo, moi j’te donne mon pschiiittt ananas... » aya, trop chauuuuuuuud.... (S’ensuivent d’autres tubes et navets revisités par l’accablement...
Eh ! voilà enfin quelqu’un dans un champ! « Le fermier dans son pré, le fermier dans son préeeeee, oh é oh é oh é, le fermier dans son pré...». Je m’appproche du paysan : « Bonjour, on est à combien de kilomètres de Yangshuo ici ? ». Je n’ose écouter la réponse, m’attendant encore à de longs kilomètres de délires... « 3 kilomètres. Après le prochain virage, tu verras déjà les premières maisons ». Non ?! ça y’est ! si j’avais pu lui sauter au cou à ce fermier dans son pré! Je reprends donc le chemin en clopinant, mais avec déjà ce sentiment de réussite qui me rend aussi légère qu’une plume et me donne des ailes, des ailes bien rouillées, soit... mais j’avance, enfin je titube... Les derniers mètres sont terribles, cette fois je suis vraiment à bout, et c’est sans doute telle un zombie que je pose enfin mes pieds cloqués à Yangshuo. 17h... cela fait 8h et 30 km que je suis partie de Xingping... plus jamais ça, plus jamais ça... enfin, plus jamais ça au mois d’août...
Et plus sérieusement, je recommande vraiment ce circuit à tous ceux qui aiment marcher, même si j’ai « souffert », ça a été la plus belle randonnée que j’ai jamais faite, mais attention, mandarin indispensable pour s’orienter, bonnes chaussures hautement recommandées et le mieux est de partir à plusieurs pour se soutenir dans l’effort ! 7 juillet Histoire de papayesDeux traiteaux , une planche de bois, un parasol, Madame Ma a dressé son étalage des spécialités de l’île aux abords de la grande plage où, chaque jour, s’arrêtent quelques cars de touristes chinois. Le soleil est écrasant, elle me fait signe de venir la rejoindre alors qu’elle m’installe une chaise à l’ombre des palmiers, et me tend une carambole toute fraîche qu’elle a sortie de son présentoir.
Madame Ma, c’est la tante de Xiao Liang, j’ai l’habitude de la voir au petit village de Weizhou dao où je me rends régulièrement. Si elle ne s’affaire pas la journée entière à nettoyer le filet de pêche de son mari dans la coure du village, elle est dehors à raper des bananes pour les cochons, ou bien à servir des enfants en sucreries dans l’épicerie de dépannage qu’elle tient avec son gendre, une vieille maisonnette toute sombre à l’entrée du village où l’on trouve pêle-mêle, alcool de riz maison, biscuits, spirales d’encens anti-moustiques... Et puis quand les occupations sont réduites, elle en profite pour ouvrir son petit stand près de la plage entre 11h et 14h, l’heure à laquelle se succèdent les cars baladant les « touristes d’un jour » autour de l’île.
Alors que je croque dans la délicieuse carambole, Madame Ma me fait l’inventaire de ses trésors : fruits cueillis directement dans les arbres du village pour rafraîchir les touristes peu habitués à un tel soleil, Gecko Tokay (sorte de gros lézard), hippocampes et petits serpents séchés pour les fameuses « potions magiques » chinoises... on ne m’a pas livré la recette secrète, mais il paraît que cela fait des miracles chez les hommes ! Et puis, au bout de la table, Madame Ma a installé une demi-dizaine de « zhong hua ao » tous frais pêchés, ces drôles de bestioles carapacées aux allures de tank que j’ai souvent eu l’occasion de voir sur les marchés à Beihai, sorte de tortues à pics bien laides mais un régal en soupe selon Madame Ma. A ce moment-là, une quinzaine de touristes revient de la plage et s’apprête à remonter dans le car. Madame Ma attrape une grosse papaye et un « collier » d’hippocampes, et court vers le groupe tout endimanché. Les femmes ont revêtu leurs plus jolies robes et ont sorti les petits talons (et puis tant pis si ce n’est pas la tenue la plus adaptée au bord de mer...), les hommes, quant à eux, ont enfilé de beaux ensembles fleuris short-chemise tous neufs... difficiles de les louper... de toutes façons, si ce n’est pas la tenue, c’est leur accent des grandes villes du Nord ponctué de « errrr » éduqués qui les trahis.
Madame Ma proposent ses produits à chacun d’entre eux, et montre son stand à 20 mètres de là. Pas de chance, les touristes font non de la tête en regardant Madame Ma de haut. Elle revient alors bredouille « Je ne comprends pas pourquoi est-ce qu’ils ne veulent pas de mes fruits, ils n’en trouveront pas de plus naturels ni de plus frais ailleurs. Ils ne savent pas ce qui est bon... Nous, notre vie est simple et on ne gagne pas beaucoup d’argent, mais au moins, on vit dans un environnement sain et on ne mange que des bonnes choses ». Je regarde Madame Ma, elle est deçue, je me demande si c’est parce qu’elle n’a pas pu vendre ses papayes auprès de touristes, ou bien si elle regrette que les citadins ne comprennent pas une logique d’hygiène alimentaire aussi simple. C’est vrai que partout où j’ai pu passer dans les zones rurales, la qualité des produits était bien supérieure à ce qui est offert en ville : poulet fermier, jambon fumé maison, riz cuit dans le bambou, galettes de riz glutineux aux plantes de la montagne, poissons et fruits de mer frais pêchés, fruits cueillis dans le jardin... Les produits du terroir, c’est vrai aussi en Chine.
Le refus des touristes pour ses papayes semblent vraiment avoir influencé l’humeur de Madame Ma, je me rends compte finalement que c’est leur attitude qui l’a le plus agacée « peut-être que l’on est des paysans, peut-être que l’on accédera jamais à cette société de consommation dont on parle là-bas (sur le continent), mais de toutes façons, à quoi ça servirait? on a tout ici. L’île est petite, on se déplace très bien en side-car, pas besoin de voiture. La mer et le terre nous donne tout ce qu’il faut à manger. Il n’y a pas de pollution ici, pas de bruit. Et puis on est à l’aise dans notre maison, beaucoup plus à l’aise que ceux qui s’entassent dans les grandes tours. Pourquoi est-ce que tu aimes autant venir ici toi ? ». Madame Ma vient d’énoncer parfaitement ce qui me ramène régulierement sur l’île : le grand air, la tranquilité, la simplicité des gens... je lui énumère à nouveau tous les avantages de l’île et la qualité de vie que l’on y trouve, elle retrouve le sourire...
14h. Le dernier car quitte la plage et prend la direction du port où est amarré le « Bei Bu Wan 2 » qui ramènera les « peaux blanches » sur le continent. Madame Ma range son stand, elle a vendu quelques reptiles séchés, mais la plupart de ses produits frais reste invendue. « Et bien tant pis, on les mangera nous-mêmes. Finalement, ce sont nous les plus chanceux ! » 9 juin Carte postale de JingxiLe lac Qu Yang Hu est encore tout embrumé lorsque j’arrive dans ce petit village du Comté de Jingxi, Ouest du Guangxi. Des montagnes grises sortent tout droit des eaux sombres et viennent chatouiller le ciel qui se reflète sur l’eau dans une gamme déclinant toutes les nuances de gris et de noir, donnant au lac tout entier une dimension imaginaire. Je comprends alors pourquoi est-ce que l’on appelle ce genre de spectacle « shui mo hua » (lavis), ces paysages, bien réels, semblent tout simplement teintés d’encre de Chine...
Un tel environnement mérite bien une petite balade aux premières loges. Justement, en face de l’entrée du lac, on a peint sur le mur d’une maison : « tours en bateau ». Un petit homme d’une soixantaine d’années remonte la route en courant « oui, oui, c’est moi le propriétaire du bateau ». Quelques minutes plus tard, je m’installe sur le banc en bois de sa mini-péniche, le capitaine retrousse ses manches et ôte sa veste, 5 tours vigoureux de manivelle mettent le moteur en route La promenade est bien agréable, l’eau est calme, et la brume qui se dissipe petit à petit révèle un lac beaucoup moins sombre qu’ il n’en avait l’air au début. « Quand il fait beau, on peut se baigner et puis pêcher aussi ». Je n’en doute pas, l’eau est très bonne, et une si grande étendue doit ravir les pêcheurs. Le villageois ne parle pas beaucoup et me laisse profiter de la douceur de la croisière, il me propose cependant avec entrain « Après la balade, il faut venir à la maison goûter notre yu mi zhou ! ». Ici, les Chinois remplacent souvent leur bol de riz par une purée de maïs pour accompagner les plats. Je suis ravie de la proposition, je n’ai encore jamais eu l’occcasion d’y goûter.
Midi approche lorsque nous revenons près de la berge, « ma femme doit avoir presque fini de préparer le yu mi zhou, on va aller voir ça ». Nous trouvons en effet sa femme dans la pièce principale de leur maison. C’est un petit logis très simple de campagne, le sol est cimenté, les meubles très sommaires : une table basse et quelques tabourets, un petit buffet bas, et un grand plan de travail en pierre dans lequel on a incorporé une cuisinère plutôt rudimentaire. La femme me sourit tout de suite et m’adresse quelques mots dans un dialecte que je ne comprends pas. « Elle ne parle pas mandarin », me dit son mari. Tant pis, nous nous contentons de gestes et de sourires pour communiquer, c’est déjà un très bon depart ! Elle me montre comment raviver la flamme du fourneau en y inserant des enveloppes de maïs séchées, puis elle coupe de fines tranches de porc pour ajouter aux pois qu’elle vient de laver. Finalement, il ne s’agit pas de « goûter » au yu mi zhou, mais bien d’honorer un repas complet !
L’homme s’est assis sur un tabouret et s’applique maintenant à écrire ses coordonnées au dos de ce qui semble être une carte postale, « comme ça la prochaine fois, tu pourras m’appeler quand tu seras sur la route de Qu Yang Hu et je preparerai tout de suite le bateau ». Je suis etonnée de trouver des cartes postales dans ce patelin du fin fond du Guangxi alors que j’ai du mal à en trouver dans les grandes villes ! L’idée est très bonne en tous cas, ce petit souvenir est encore mieux qu’une carte de visite et trouvera sa place dès en rentrant à Nanning dans mon carnet d’adresses.
Le repas est prêt, la femme me donne un bol pour que je me serve dans l’énorme marmite de yu mi zhou et me tend une paire de baguettes. Elle apporte également sur la table le plat de porc aux pois et un plat de courge amère, « mange plutôt de la viande, la courge amère c’est pas très bon ». Nous mangeons ensemble tout en discutant, tous les deux ne manquent pas de me rappeler de me reservir toutes les 5 minutes « surtout il faut manger jusqu’à plus faim, ne te gêne pas », le porc est délicieux, mais je cale après le deuxième bol de maïs... Ils me racontent, enfin surtout l’homme puisque mon souci de communication avec sa femme n’est pas encore résolu, qu’ils ont 4 enfants. Le dernier étudie à l’université Qing Hua de Pékin, ils en sont particulièrement fiers. Il y a de quoi, c’est l’une des meilleures universités de Chine, seuls les meilleurs sont acceptés. C’est aussi un enorme investissement financier pour des gens vivant en zone rurale, ils ont eu recours à un emprunt pour payer les frais de scolarité et les dépenses quotidiennes de leur fils dans la capitale. « Peu importe, me dit-il, c’est tellement extraordinaire que notre enfant puisse suivre les cours là-bas ! »
Le repas touche à sa fin. Généralement, lorsque l’on mange chez l’habitant dans ce genre de petit village, il est coutume de laisser un peu d’argent que les villageois refusent toujours par politesse au départ mais finissent par accepter. Mais ce jour-là, impossible de laisser quelques yuans sur le bord du buffet... Je suis gênée, j’avais marchandé pour le prix de la balade en bateau... si j’avais su que je serais invitée à déjeuner après... Les deux époux sont catégoriques, ils m’ont invité amicalement pour partager le repas, surtout pas pour recevoir d’argent en échange, « tu reviendras la prochaine fois faire un tour en bateau, mais on ne veut rien pour ces quelques plats ! »
Peut-être ont-ils refusé cette contribution pour mon repas juste pour la face. Il y a certainement un peu de ça, mais je pense surtout que ce sont des gens très généreux, qui partagent le peu qu’ils ont. Je reviendrai au lac Qu Yang Hu, c’est certain. Ma carte postale, serrée contre moi, je me retourne pour leur faire un dernier aurevoir de la main, ils sont tous les deux dans l’encadrement de la porte, souriants, « A bientôt, à bientôt! ». Finalement, moi qui étais si emballée par la beauté du paysage en arrivant, je me dis que c’est la beauté de mes hôtes qui m’a le plus impressionnée... 6 mai Les calligraphies de DONG Qiao ZhongMontagnes, dragons, bambou, fleurs de pruniers... des toiles de toutes les tailles et tous les formats couvrent les six pièces que forment l’échoppe de DONG Qiao Zhong. Jeune Chinois rencontré en 2004, il est celui que je viens saluer en premier dès que je pose les pieds dans le petit village de Fuli.
Octobre 2004, je me rends à Fuli en touk-touk pour la première fois. Le village n’est pas grand, mais conserve une partie très ancienne le long de la rivière Li, où jadis prospérait le commerce fluvial de la litchi. Depuis le kiosque traditionnel construit près de l’ancien port, les montagnes karstiques si typiques de Guilin s’étendent à perte de vue, la rivière coule paisiblement et vient chatouiller les buffles qui broutent au bord de l’eau, un pêcheur debout sur son radeau en bambou remonte tranquillement vers la berge. On comprend pourquoi les peintres de cette région ont été si inspirés...
DONG Qiao Zhong est encore élève et expose modestement ses calligrahies et peintures sur soie derrière celles de son maître, dans un petit magasin ouvert sur rue. Ce jour-là, nous faisons connaissance autour de ses toiles, puis il m’emmène à la découverte de son village, les vieilles maisons typiques, les temples improvisés, les ateliers d’éventails. C’est un jeune homme calme qui explique les choses tranquillement en prennant soin de choisir les mots justes, honnête, sincère, il me parle sans jamais faire allusion à ma différence, contrairement à la plupart des Chinois.
Ma deuxième visite a lieu 6 mois plus tard, DONG Qiao Zhong me reconnaît tout de suite, et est heureux de me montrer ses nouvelles toiles. Maintenant, il n’expose plus que ses propres peintures, et travaille dur pour proposer une vaste gamme de paysages, oiseaux, orchidees... Il peint également sur les éventails, puisque cet artisanat fait la renommée du village depuis plusieurs années, si bien que Fuli est parfois appelé « le village aux éventails ». Je choisis un paysage d’eau et de montagnes du printemps pour accrocher chez moi. Les peintres chinois ont l’habitude de décliner un même paysage suivant les 4 saisons afin de symboliser la progression naturelle et l’éternité, la peinture traditionnelle chinoise est avant tout très poétique!
Depuis l’été dernier, je passe régulièrement à Fuli, c’est vraiment un village où j’aime m’arrêter, autant pour le paysage spendide, que pour l’acceuil des locaux qui n’hésitent pas à vous proposer leur maison pour s’abriter quand il pleut, et puis bien sûr, pour rendre visite à mon ami. Le magasin de DONG Qiao Zhong s’est agrandi, il s’étend jusqu’au bâtiment d’à côté maintenant. C’est sa femme qui reste à la boutique, lui, il est toujours derrière à peindre, il reçoit fréquemment de grosses commandes par des revendeurs, alors il n’est pas rare qu’il travaille jusqu’à plus de 2h du matin. Mais quand je passe le voir, il laisse toujours ses pinceaux quelques instants pour venir me saluer, discuter un peu, répondre à mes questions… une constatation: plus je voyage et plus je m’aperçois qu’il est beaucoup plus facile de créer des relations simples et désintéressées dans les petits villages chinois que dans les grandes villes intoxiquées par le profit. Sans doute la même chose dans tous les pays… 5 mai Glisse dans le GuangxiTous les ans, d’avril à septembre, c’est la saison des pluies dans le Guangxi, de grosses averses de moussson se déclenchent ponctuellement. A Nanning, on court en riant sous les gouttes tièdes pour se réfugier à l’improviste sous un arrêt de bus, un arbre, une avancée de magasin, le temps de laisser les gros nuages passer, et puis on patauge dans les flaques d’eau en tong alors que les moto cyclistes replient déjà leurs capes de pluie multicolores. Mais tous les ans à cette période, dans les montagnes de la région ou les zones plus rurales, l’arrivée de la saison humide n’est pas toujours aussi drôle, les fleuves gonflent, les rivières sortent de leur lit, la terre rouge se dérobe.
21h50 à Tiantou, un coup de tonnerre fracassant plonge dans le noir l’auberge des rizières en terrasses de Longsheng où j’ai l’habitude de loger. La patron arrive bientôt à l’étage, une poignée de bougies à la main « c’est une coupure d’électricité ne vous inquietez pas ». Non je ne m’inquiète pas, sa femme avait effectivement annoncé de grosses averses pour la nuit à en juger par le nombre d’insectes volant sur la terrasses après le dîner, c’est la saison des orages. Je vais me coucher et m’endors bercée par la pluie battante qui résonne sur le toit de l’auberge.
Au petit matin, la pluie tombe toujours, alternant entre déluges et acalmies, il va pourtant falloir redescendre au village d’en bas aujourd’hui. Un petit parapluie arrive dans la maison : « y’a pas d’école ! ». C’est la fille des propriétaires, elle a 8 ans, et tous les matins, elle descend à Dazhai comme tous les enfants de Tiantou, une demi-heure de marche le long du chemin en pierre pour suivre les cours de primaire dans la vallée. Ce jour-là, la pluie trop forte, les professeurs ont décidé de ne pas faire prendre le risque aux enfants de se lancer dans un parcours trop dangereux.
10h00, je suis toujours en haut et il faut prendre une décision... la patronne m’informe qu’il y a eu un éboulement sur la route entre Dazhai et Heping par laquelle je dois passer pour rentrer à Guilin, mais que les cars assurent quand même la liaison. Je fais alors mes aurevoirs à Tiantou (jusqu’à la prochaine fois) et profite d’une petite acalmie pour me lancer dans l’escalier en pierre qui mène jusqu’à Dazhai. Les marches ne sont pas aussi glissantes que je l’avais imaginé, mais à certains endroits, l’escalier s’est transformé en véritable cascade ! « man man lai », comme disent les Chinois, rien ne presse.
Alors que je descends les marches irrégulières avec une précaution infinie sous la pluie qui a repris de la vigeur, j’aperçois une nouvelle espèce d’oiseaux dans les rizières... Il s’agit en fait des « Tiantousais » qui ont revêti leurs habits de pluie. Loin du K-way Décathlon, ou même de la cape de pluie locale, certains villageois utilisent encore ces vêtements fabriqués en fibres de palmier (voir photo ci-dessous), une allure « moyen-âgeuse » mais une imperméabilité à toute épreuve ! La pluie ne les arrête pas, au contraire, ils redoublent d’énergie et s’affairent dans les rizières en terrasses pour faciliter l’écoulement de l’eau qui se déverse en quantité incroyable. On a commencé a planter le riz depuis quelques jours, alors ce n’est pas le moment de tout perdre.
Après une heure de descente, j’arrive enfin à Dazhai où un conducteur de bus m’explique la situation. Il peut m’emmener jusqu’à l’éboulement où un second bus m’attendra de l’autre côté. Nous partons sur la petite route de montagne, le fleuve si vert et si tranquille d’habitude n’est plus qu’un torrent de boue où la montagne et ses rizières semblent se vider totalement. Après 5km, nous arrivons sur les lieux de l’éboulement. La route est obstruée sur une vingtaine de mètres par des blocs de pierre et de terre rouge qui se sont détachés des parois de la montagne. Je traverse rapidement à pied cette zone avec les autres occupants puisque le mini-bus ne peut s’y engager, quelques cailloux continuent de glisser le long de la falaise, rien de sérieux, le plus gros est déjà tombé...
Plus de 800 fleuves et rivières, 76% de relief montagneux, les paysages du Guangxi sont splendides, ça oui, mais il faut savoir faire avec quelques petits aléas... 11 avril Rencontre à Huangluo zhaiSur ma route pour Tian tou, le 6 mars dernier, j’ai fait étape dans le petit village de Huangluo zhai et fait la connaissance de Lao Yao, une femmes Yao rouge de 61 ou 62 ans (elle ne savait pas son âge exact) avec qui j’ai passé une soirée formidable, pleine de rires et riche en échanges.
Le cadre de Huangluo zhai n’est pas aussi magique que celui des villages « posés » sur les rizières en terrasses de Jinkeng, mais sa situation, au pied des montagnes, et ses grandes maisons en bois, lui donne un caractère irréel. Ce sont surtout les deux ponts suspendus au-dessus de la rivière et qui coupent le village en deux parties qui font tout le charme de l’endroit. Le niveau de l’eau est faible en cette fin de saison sèche, mais sa limpidité annonce de belles baignades l’été, au plus fort de la saison des pluies.
C’est justement près de la rivière que je rencontre Lao Yao chez qui je vais loger pour la nuit, elle vient de terminer de se laver les cheveux dans l’eau qui descend de la montagne. Le shampooing, pour les femmes Yao, c’est pas l’histoire de 2 minutes, j’ai entendu dire qu’avec la longueur de cheveux qu’elles enroulent autour de la tête, il faut parfois s’y mettre à plusieurs pour shampooiner !
Le soir, après le dîner, alors que Lao Yao m’offre une tasse d’alcool de riz, j’en profite pour demander l’origine de ces deux couettes puisque, je suppose, Mattell ne lui a pas livré dans la boîte. Elle m’explique alors qu’elle a coupé ses cheveux longs à 18 ans pour faire une première couette. Les cheveux de la deuxième couette sont ceux qu’elle perd lorsqu’elle se coiffe, puisque dans la tradition Yao rouge, il ne faut pas laisser tomber ses cheveux par terre (ou dans la poubelle parce que je vois quelques maniaques dans la salle...). Donc ce sont bien tous ses cheveux, mais en 3 parties ! La plupart des femmes Yao rouges ont recours à ce stratagème pour élaborer leur coiffure compliquée, et plus elles sont vieilles et qu’elles ont collecté de cheveux au cours de leur vie, plus leur choucroute prend de... l’aisance, on ne parlera donc pas de calvitie féminine dans cette minorité.
Pendant que l’on est au chapître coiffure et révélations, Lao Yao me livre le secret de la brillance des cheveux des femmes Yao rouge et le moyen de les faire pousser plus rapidement. Vous pensez bien qu’elles n’utilisent pas les derniers produits de chez L’Oréal, ni même du « Suo fu te » national, elles piochent tout simplement dans la nature : l’amidon de riz en masque capillaire tous les 2 ou 3 jours, posé une demi-heure, puis, très important, rincé dans l’eau pure de la rivière... un soir de pleine lune en faisant 3 tours sur soi-même...
Bien que toutes deux très motivées par la facilité d’une discussion de coiffeur, nous nous mettons petit à petit à parler de l’ouverture récente du village au tourisme. En fait, l’endroit reste encore assez préservé mais l’été, des cars entiers de touristes, y compris étrangers, passent à Huangluo zhai, juste quelques minutes, le temps de voir un peu de folklore local en costume, alors forcément ici, on exploite le filon. « Les femmes du village demandent 15 yuans par personne pour montrer leurs longs cheveux détachés ! Moi je ne réclame rien, je vends juste mes broderies ». En effet, Lao Yao et ses amies passent leurs journées à broder sacs, vestes, ceintures, napperons... en attendant les touristes. Il faut voir comme, précises, elles attaquent le tissu sans modèle, juste en suivant la maille du tissu, pour broder fleurs et motifs colorés, et comme elles s’abîment la vue penchées sur leur ouvrage jusqu’à la tombée de la nuit. C’est qu’il faut prévoir le même modèle de foulard brodé dans toutes les couleurs possibles pour satisfaire les touristes. Finalement, les quelques yuans recoletés par la vente de leur artisanat servira à acheter une bonne grosse paire de « loupes » pour leurs yeux fatigués comme la plupart porte déjà...
Les cars de touristes, même s’ils ne sont pas vraiment très bien vus par les villageois par leur attitude « voyeuriste », amènent quand même, en plus de quelques revenus, un peu d’animation au village, surtout quand ce sont des étrangers ; de quoi se payer une bonne tranche de rire, parce que si les Occidentaux viennent au village pour « observer » cette minorité en costume rigolo, de leur côté, les Yao rouges, et surtout les femmes comme Lao Yao qui ne sont quasiment jamais sorties de leur village, en prennent plein la vue aussi avec tous ces blancs qu’on leur apporte en aquarium. Lao Yao se moque de ces grosses dames blanches qui arrivent à peine à descendre du car et se contentent de regarder le « spectacle » par les fenêtres. « Un jour il en est venue une d’au moins 200 kg, 4 hommes ont du la pousser pour qu’elle monte un peu dans la montagne, mais il n’y avait rien à faire, elle s’est vite essoufflée et est redescendue à peine à mi-chemin ! Elle était rouge, mais rouge... ahahahah. Enfin, continue t-elle, on est tout de même mieux ici qu’à Yangshuo. J’ai un ami là-bas, et il m’a dit que c’était vraiment le bazar maintenant avec tous ces touristes. Il m’envie de vivre au calme de Huangluo zhai ». Yangshuo, pour ceux qui ne le saurait pas, est un autre village de la région et qui a bien (mal) profité à l’invasion touristique occidentale ces dernières années, du moins la rue principale du village qui compte plus d’étrangers au mètre carré que de boutiques à souvenirs, c’est pour dire...
La soirée se poursuit et se termine doucement en compagnie de Lao Yao qui me parle du « cRafé » que les blancs aiment tellement « manger », et de ces ustensiles bizarres qu’ils utilisent à table, « comment ça s’appelle déjà, ah oui, des fourcheaux, tu trouves vraiment ça plus pratique que nos baguettes ? » 23 février Enigmes à NingmingEtaient-ce les célèbres peintures du Mont Huashan ou les succulentes nouilles au canard rôti qui m’avaient attirée à Ningming ? Telle était la première question à laquelle j’etais confrontée en arrivant dans cette petite ville du Sud-ouest du Guangxi.... à ce moment-là, je ne savais pas encore que ma journée entière ne serait qu’énigmes et mystères.
Après avoir nettoyé soigneusement mon bol pour n’en laisser miette aux mouches virevoltantes, j’attrape un taxi-3 roues afin de me rendre au village de Shanzhai d’où partent les bateaux pour le Mont Huashan. Les peintures sur les parois de la montagne ne sont visibles que depuis la rivière, alors je monte dans la barque d’un villageois pour 40 minutes de trajet sur des eaux émeraudes pendant lesquelles je bois montagnes, bambous, buffles...
L’air est doux sur la rivière, les nuages se dissipent à mesure que nous approchons du Mont Huashan. Assise à l’avant du bateau, j’en profite pour prendre mes premiers coups de soleil de l’année, sur le nez, pour ne pas changer. La barque ralentit, s’approche d’un pan de montagne, je me retourne vers le villageois qui me regarde d’un air désolé... Donc c’est bien ça... ça paraissait beaucoup plus grand en photo... « Et alors, qui est-ce qui les a dessiné ? et pourquoi ? - Ben, on ne sait pas justement, c’est ça qu’est intéressant ! »
Dit comme ça, les vieux dessins a l’air délavé m’apparaissent effectivement sous un autre jour, des dizaines d’histoires tournent dans ma tête ; j’imagine les ancêtres de Ningming à l’oeuvre peignant un bonhomme tous les jours pour marquer le niveau de l’eau pendant la saison des pluies, ou bien insrivant leur histoire symboliquement après avoir franchi cette montagne abrupte avec une nouvelle technique d’escalade que l’on appellera plus tard la varappe, ou encore s’exerçant pour les motifs à imprimer sur les vêtements de la collection printemps-ete - 501...
Tant que l’on ne connait pas la vraie histoire des peintures de Ningming, toutes les versions sont permises ! Justement, les gens du coin n’ont pas l’air de tenir à ce que les scientifiques découvrent la vérité, c’est le côté mystérieux qui fait recette, plus personne ne viendrait voir les peintures si l’on savaient d’où elles venaient, disent-ils (Et les buffles ? Moi je reviendrais pour les buffles...
Pour finir, comme je suis un peu traumatisée depuis mon retour de Ningming, à force de me creuser la tête à chercher le pourquoi du comment de ces dessins... j’en appelle à votre soutien, votre camaraderie, votre esprit civique, votre sens de l’aide au prochain... 7 février Sanjiang, le pays des DongAprès, les Yao Rouges, je m’étais fixée comme objectif d’aller visiter des petits villages de la minorité ethnique Dong, et pour cela, le mieux était de me rendre dans le comté de Sanjiang (municipalité de Liuzhou) où cette ethnie regroupe 55% de la population. Je savais qu’aller au village Dong de Chengyang était une erreur, encore un lieu qui a bien mal profité au tourisme, mais je voulais en avoir le coeur net.
Le ton est donné dès l’entrée du village où le célèbre pont du Vent et de la Pluie ressemble plus à un chapiteau de cirque qu’à un monument du patrimoine... Tian aaaaaaa, mais qui a eu l’idée de repeindre le haut des tourelles façon Mille et une nuits ? C’est peut-être pour ces travaux « artistiques » d’ailleurs que l’on nous demande 30 yuans à l’entrée du village ? 30 yuans complètement injustifiés d’ailleurs quand on voit l’état des 8 hameaux qui composent Chengyang. J’apprends plus tard que l’argent soutiré aux touristes n’est absolument pas reversé aux villageois mais qu’il profite à un accord entre le gouvernement local et le « gardien de la forteresse de Chengyang ». Ca c’est intelligent et équitable !
A l’intérieur du village, l’ambiance est froide, les ordures s’amoncèlent partout, les moucherons pullulent (en janvier !), l’eau stagnante est omniprésente entre les maisons en bois Dong... Je fais le tour rapidement, m’attarde un peu dans le hameau de Ma’An où les vieillards sont encore les plus accueillants, fais copain-copain avec mes amis les bêtes à défaut de mieux... pffffff... bien décevant. Rien ne présageait un village « traditionnel » aussi pathétique, sur la route entre Sanjiang et Chengyang, j’avais repéré des villages très authentiques et d’immenses banians à 3 troncs qui valaient vraiment le coup d’oeil, j’aurais mieux fait de m’arrêter là-bas. C’est triste à dire mais, même s’il reste encore à Chengyang quelques roues à eau et autres constructions Dong intéressantes, ce village est déjà bien défiguré, un problème d’ailleurs plutôt récurrent avec les sites naturels que le gouvernement chinois essaie d’ouvrir au tourisme, tout est toujours gâché...
Le jour suivant, je prends la direction de la commune de « Tong Le » qui ne figure dans aucun guide touristique étranger ni chinois
Le village en question s’appelle Nanzhai, c’est un village Dong également, mais pas de la même branche que les Dong de Chengyang. Ici, les femmes portent un pantalon et une veste sombre, et un bandeau blanc dans les cheveux qu’elles ont noué en chignon sur le haut de la tête (voir album-photo). Rizières, maisons en bois, femmes en costume traditionnel... Elles me sourient, on discute un peu puisqu’elles parlent quasiment toutes mandarin (je ne maîtrise pas encore la langue Dong à 15 tons !...), on prend même quelques photos, je leur explique que c’est pour leur costume, « il est plutôt moche » me disent-elles en riant, oui mais non, moi je le trouve beau ! Et puis le bandeau blanc, qu’est ce que cela signifie ? « bah rien, c’est juste pour que les cheveux ne nous tombent pas dans la figure quand on travaille » Ah...
Ce qui est intéressant dans les villages Dong, c’est le travail du bois. Les Dong sont de vrais architectes, en dehors des ponts du Vent et de la Pluie qu’ils savent si bien construire, ils font aussi des Tours au tambour pour se réunir, de grandes maisons toutes en bois, des kiosques... et tout ça sans un clou ! Les inventeurs des clipo, ce sont eux !
Je poursuis ma visite du village, midi est arrivé, et un villageois me propose le cadeau le plus précieux que l’on puisse me faire ce jour-là : déjeuner dans une famille Dong. Quelle chance, je vais pouvoir entrer dans l’une de ces grandes maisons en bois ! C’est vrai que de l’extérieur, on imagine mal comment sont aménagées ces grandes bâtisses : Le rez-de-chaussée est consacré au matériel agricole et aux bêtes : deux cochons, des lapins et des volailles. Par un escalier en bois, j’accède au premier étage où un hall s’ouvre sur plusieurs pièces. On me guide vers la pièce principale, où une jeune femme Dong s’empresse de débarasser la table basse et de se mettre à laver des légumes. La pièce est très sombre, les rayons du soleil pénètrent seulement par une petite ouverture dans le mur. On me fait asseoir sur un petit tabouret en bois autour du foyer où chauffe une grande marmite. Toute la petite famille, le père, le fils aîné (qui m’a invitée), la fille aînée, le fils cadet, la fille cadette, s’affaire pour me recevoir. Ils sont tous très souriants et accueillants. Très vite, on m’amène un bol de thé à l’huile. C’est la tradition Dong d’offrir cette boisson aux invités. J’avais déjà goûté ce breuvage ailleurs, et pas vraiment aimé je dois avouer, très amer, très huileux... mais cela serait impoli de refuser, alors je bois. A ma grande surprise, ce thé à l’huile est complètement différent, bien sucré, et les boulettes de riz soufflé qui flottent à la surface sont succulentes. J’ai l’impression de me retrouver 15 ans en arrière devant mon bol de Miel Pop's...
La fondue est prête, porc et choux marinent dans le bouillon, et nous trinquons à l’alcool de riz maison. Le père me montre d’ailleurs la grande bassine près de la fenetre où fermentent 50 kg de riz, ce sera la prochaine cuvée ! A table, nous discutons de leur environnement, de leur style de vie, le chef de famille en parait satisfait, mais je ressens une certaine lassitude chez le fils aîné qui, quelque part, doit envier ses deux autres frères partis travailler à Pekin, même si les conditions de travail n’y sont pas toujours brillantes en tant que jeunes Dong venus du fin fond de la campagne du Guangxi... Le fils cadet, assis à côté de son père se contente d’écouter la conversation, un peu intimidé je crois, quant aux deux filles, elles ont quitté la pièce depuis longtemps, elles avaient encore du travail à faire dehors, décidément, elles font vraiment tout. En effet, quand je quitte la maison après manger, en direction des montagnes derrière le village pour une petite promenade digestive, je croise la fille ainée qui revient du jardin avec des paniers chargés de légumes, elle me propose de rester à dormir le soir, mais mes contraintes de temps font que je dois impérativement rentrer à Sanjiang en soirée, quel dommage... Je me retourne une derniere fois vers la maison en bois Dong qui m’a si bien accueillie, le fils cadet me sourit depuis la fenêtre, un sourire si franc et innocent, certainement un des plus vrais qui m’ait été donné en Chine. 6 février Tian tou et les Yao RougesDe retour à Nanning... des images plein la tête, des sensations nouvelles, des paysages, des peuples... A commencer par le village de Tian tou. Dans les montagnes du Nord du Guangxi, posé sur les rizières en terrasses de Jin Keng, quelques maisons en bois construites par la minorité Yao Rouges, c’est là que j’ai fêté mon 26e anniversaire, dans la fraîcheur de la nuit des montagnes et la chaleur de l’alcool de patate douce... Ci-dessous le récit, un peu en retard vous m’excuserez, de cette journée inoubliable.
Ma « mission » de ce mardi 24 janvier, partir sur les traces de la minorité ethnique Yao Rouge en remontant le chemin en pierre qui relie Ping An à Tian tou, en passant par Zhong liu. Ping An est un village peuplé par la minorité Zhuang, charmant mais beaucoup trop « Hanisé » à mon goût (du peule Han, principale ethnie en Chine). Je m’arrête juste le temps de goûter aux nouilles « à la mode Long ji »... vous connaissez mon faible pour les pâtes chinoises...
J’emprunte donc le chemin en pierre plusieurs fois centenaire qui part de Ping An et qui monte, monte, monte dans la montagne. A chaque pas, c’est tout le paysage qui change, le village de Ping An qui rétrécit, les terrasses qui apparaissent, le chemin en pierre qui n’en finit pas de tourner. Je marche sur le bord des rizières, et des dizaines, des centaines, des milliers d’autres petits champs jaunes rectangulaires sortent des montagnes comme par magie. Des siècles de labeur, un travail humain inestimable...
Il faut avancer, 7 km à parcourir dans les rizières jusqu’à Tian tou si je veux dormir dans un lit ce soir et ne pas rester coincer dans le labyrinthe des terrasses... On dit qu’il est impossible de se perdre, qu’en suivant un chemin, on arrive forcément dans un village... oui mais quand à droite, à gauche, en-dessous, au-dessous, ce ne sont que des rizières, il y a de quoi s’inquiéter ! Je ne croise quasiment personne de l’après-midi, de temps en temps un paysan qui me confirme que j’avance dans la bonne direction, de temps en temps des boeufs... tous seuls ?
Finalement, après plus de 4h et demi de marche, de photos, de rizières, de montagnes et... d’extase... une inscription à la craie rouge sur une pierre indique Tian tou sur la gauche. Objectif atteint !
Tian tou est un hameau qui appartient au village Yao Rouge de Dazhai (en contre-bas de la montagne), au coeur des rizières de Jin Keng, le plus bel endroit du coin pour admirer les terrasses. C’est là que je pose mon sac à dos, dans une auberge tenue par un couple de Yao Rouges. La maison est récente, mais elle est construite sur le même modèle que toutes les habitations de cette minorité, tout en bois avec le plancher qui craque sous chaque pas
Je m’installe à côté du poêle et me plonge dans la lecture d’un livre sur les Yao Rouges que m’a prêtée la patronne. Sur le chemin et en arrivant à Tian tou, j’ai déjà eu l’occasion de croiser plusieurs femmes de cette minorité, vêtues de gilets en coton brodés, rose foncé, c’est de la couleur de leurs habits que vient cette appellation des « Yao Rouges ». Outre leurs habits rouges et rose brodés, les femmes Yao Rouge sont reconnaissables à leur très longue chevelure qu’elles enroulent autour de la tête et nouent en chigon sur le front
Enfin, ce n’est pas si mal que ça, j’ai la chance de partager le foyer d’une famille de montagne qui entretient encore quelques traditions de sa minorité, entre autres la langue des montagnes des Yao Rouges, les chants folkloriques, l’hygiène de vie, et puis même si les Yao Rouges ne sont plus ce qu’ils étaient, que les tenants de l’auberge laissent leurs costumes traditionnels au placard, ils restent des gens extrêmement intéressants, simples et heureux de vivre dans un envrionnement aussi naturel qu’est le leur. Ce qui me frappe d’ailleurs, c’est la pureté de leurs rires, la joie qu’ils mettent à accomplir leurs tâches quotidiennes, leur bonne humeur naturelle, ah si tout le monde pouvait être comme ça...Ce soir, un évènement vient égalment s’ajouter à l’ambiance chaleureuse de l’auberge, on tue le cochon annuel avec les voisins afin de faire la viande fumée que l’on mangera tout au long de l’année. J’assiste aux dernières minutes du cochon... en « audio »... les cris de la bête s’élèvent dans tout le hameau...
Pendant ce temps, un poney arrive à l’auberge. Tiens ?
(Suite au prochain épisode !) 7 novembre A vos maillots !Beihai, station balnéaire située à quelques 200 Km de Nanning, est l’un des seuls endroits du Guangxi où l’on peut s’offrir une vraie bonne baignade. Forcément quand on habite dans une région sub-tropicale, qu’il y ait un petit bout de plage pour faire trempette de temps en temps n’est pas un mauvais point ! Et puis surtout, en allant à la plage à Beihai, on en apprend long sur l’histoire courte de la société des loisirs chinoise.
En fait, aller à la mer est une activité encore tellement peu habituelle que la première chose que font les Chinois en arrivant sur la plage est… d’acheter un maillot de bain (« pourquoi, il fallait que j’en prende ? »
Des tables de camping et des parasols sont installés sur le sable, tout le monde en « costume de bain » (dignes du Carnaval pour certains), chahute, joue, crie, certains boivent de la bière, d’autres déballent fièrement leur appareil numérique, et à l’occasion, vont patauger quelques minutes, mais dans l’ensemble, les Chinois sont loin d’être bons nageurs, voire nageurs tout court… La plupart des filles restent sous le parasol, terrifiées par les rayons du soleil, et mettent un t-shirt par-dessus le maillot de bain quand elles vont se baigner pour éviter de devenir aussi bronzées que la classe paysanne. Certains jeunes hommes vont même jusqu'à leur tenir le parapluie pour éviter que mesdemoiselles, qui utilisent tous les produits de la gamme « blanche comme un cul », ne prennent ne serait-ce qu’un petit peu de hâle pendant qu’elles barbotent.
Les hommes sont moins soucieux de prendre quelques couleurs, mais n’iront évidemment pas jusqu'à s’asseoir face au soleil tous enduits de monoï, cela va de soi. Alors comme le bronzage n’est pas ce que l’on ramène de sa journée à la plage, beaucoup vont craquer sur les ensembles « short-chemise » hawaïens de la boutique, très colorés, très bariolés, très… beauf… mais qui montrent bien que l’on est allé à la mer !
Enfin, la plage de Beihai n’est pas vraiment le genre d’endroit paisible et de décompression où l’on peut se reposer au rythme du bruit des vagues et du cri des mouettes. D’abord, y’a pas de mouette… comme ça, c’est réglé. Et puis il faut avouer que les Chinois préfèrent plutôt l’animation aux plaisirs d’une journée au calme, probablement la raison pour laquelle le « comité de la plage » se sent obligé de polluer la plage avec des décibels de musique.
Heureusement que la plage est longue. En poussant 100 mètres sur la gauche, tables de camping, parasols, chahuteurs et autres bruits parasites sont vite effacés, peu de Chinois s’aventurent jusqu'à cette zone jugée trop « ennuyeuse », parfaite pour nous. Enfin une plage « normale », avec en prime les palmiers et la mer à température fort agréable…
24 octobre Escale à Weizhou dao (île Weizhou en français)
Xiao liang a 19 ans. Elle entretient la maison et reçoit les visiteurs (quand il y en a) pendant que ses parents vivent de la mer. C’est une jeune fille adorable, souriante et motivée à rendre sa pension la plus accueillante possible. Chambres et sanitaires sont nettoyés scrupuleusement, une table conviviale est installée au rez-de-chaussée pour y prendre les repas et où l’on peut se retrouver à tout moment de la journée pour bavarder. Parce que Xiao liang adore discuter avec les visiteurs, leurs nouvelles et leurs histoires la rapprochent de tout ce qui se passe en dehors de son île. C’est la deuxième fois qu’elle reçoit un visiteur de nationalité étrangère, elle se réjouit que sa pension prenne ce caractère international, le seul souci me dit-elle, c’est qu’elle ne connaît pas l’anglais, alors si un jour des étrangers ne parlant pas chinois venaient, elle serait bien embarrassée… Bavarder avec Xiao liang est troublant, elle regrette de ne pouvoir faire d’études comme sa petite sœur qui a pu sortir de l’île pour aller à l’université de Guilin. Mais il faut bien que certains se sacrifient et travaillent pour payer les études d’une personne dans la famille. Son petit frère habite ici aussi, il s’occupe de ravitailler le village en faisant des aller et retour en moto au port. Avec cette pension, ouverte depuis un peu plus d’un an, Xiao liang a retrouvé le sourire, elle n’est plus si isolée. Lors de nos conversations, son intérêt est grand sur tout ce qui se passe à l’extérieur, non seulement à l’étranger, comme tous les Chinois, mais sur le Continent chinois, car les occasions de quitter l’île ne sont pour elle que très rares. Je lui parle de Nanning, la capitale du Guangxi où je vis, et je la vois qui m’écoute émerveillée, comme si je lui parlais de l’Amérique…
Au village, il n’a pas fallu longtemps pour que les habitants soient au courant de mon arrivée. Il faut dire que la population se réduit à… 2 familles… oui mais 4 générations ! Assise à la porte de la pension, je ne me lasse pas de regarder les quelques bâtisses en pierre autour de moi. Un vieillard est assis dans un petit fauteuil sur le seuil de la maison en face. Il me fait signe de venir le voir. Je vais m’installer à côté de lui, et nous commençons à discuter, non sans difficulté car il parle un mandarin plutôt « couleur locale »
Les gros nuages noirs se sont dissipés petit à petit, et le soleil réapparaît donnant au village un air moins misérable. Les poules, chats et chiens viennent progressivement animer la cour du village. Xiao liang en profite pour étendre du linge sur un fil entre deux arbres. De mon côté, je pars explorer les alentours du village, une promenade finalement rapide puisque le village est tout simplement entouré de bananiers… Je me dirige donc vers la plage où je retrouve la mère de Xiao liang, installée sur son tabouret sur le sable, pas pour bronzer bien sûr, mais pour vendre des fruits de mer qu’elle est allée pêcher dans les rochers. Tous les jours, il passe quelques groupes de touristes chinois qui viennent tremper les pieds dans l’eau ou bien faire de la plongée. Les Chinois n’apprécient pas autant le bord de mer que nous, très peu savent nager, et puis les filles ont peur de bronzer et de rendre leur peau aussi mate que celles des paysannes. Alors je suis la seule à déplier ma serviette sur le sable cet après-midi-là, à profiter de la mer transparente et du calme de cette grande plage.
Retour à la pension, Xiao liang m’attendait, elle veut me faire goûter des caramboles (fruits en forme d’étoile) qu’elle vient de cueillir. Dans la cour du village se dresse en effet un carambolier centenaire qui ploie sous le poids des fruits. Nous en cueillons deux grands seaux pour distribuer dans le village, mais les branches de l’arbre sont toujours autant chargées de fruits… Le jour commence à baisser, je veux retourner sur la plage admirer le coucher de soleil, mais Xiao liang me conseille de monter sur le toit (plat) de la pension. Le spectacle y est en effet plus que féerique : un dégradé de vert balaie les bananiers jusqu'à la mer infiniment scintillante. Le soleil rouge embrase le ciel, les quelques nuages et progressivement, la mer. Petit à petit les feuilles des bananiers dépassant dans l’orangé du ciel ne forment plus que des ombres chinoises qui viennent se superposer au mauve de la mer… l’ambiance est presque surréaliste, jamais il m’avait été donné de contempler un coucher de soleil d’une telle intensité.
La soirée au village se déroule très simplement. Ici, pas de bars, pas de club, pas de discothèque, rien que le silence (et quelques moustiques…). Les parents de Xiao liang rentrent tous les jours très tard de la mer, son père a passé la journée sur son bateau avec son fils aîné. Nous bavardons quelques minutes pendant qu’ils dînent, « pas de poissons dans mon assiette, heureusement ! ça me donnerait le mal de mer! » plaisante t-il. La mère de Xiao liang, quant à elle, me demande discrètement si je suis satisfaite de mon séjour au village. Avant d’aller se coucher, Xiao liang me recommande de retourner faire un tour sur la terrasse, un nouveau spectacle m’y attend. Les tons pastel du début de soirée ont fait place à une nuit extrêmement sombre, aucune lumière dans le village, ni même aucune lueur aux alentours, tout est noir autour de moi et paisible. Je lève à peine la tête et déjà, je suis prise de vertige en voyant s’ouvrir au-dessus de moi un ciel aussi étincelant d’étoiles, des milliers et des milliers de constellations qui me laissent sans voix…
* Weizhou dao est une petite île située au large de Beihai, station balnéaire du Guangxi, au cœur de la Mer de Chine du Sud et du Golfe du Tonkin. 17 août NanningNanning, ma belle capitale du Guangxi, ne possède pas une cote touristique particulièrement élevée. Forcement, à côté de Guilin (voir note du 5 août), ‘fait pas le poids dans le Lonely Planet, Guide du routard ou autre Petits guides pas très Futés… 5 pages pour Guilin, une demi-page pour Nanning… Mais les gens qui préparent leur grande expédition en Chine, comment ils vont savoir alors que Nanning n’est pas seulement un aéroport pratique pour repartir sur Hong Kong ???
Bien sûr, Nanning, c’est une « grande » ville, et les tours qui y ont poussé depuis ces 3 dernières années n’apportent rien de vraiment typique si ce n’est un énième exemple du développement économique fulgurant chinois. Pourtant, il suffit généralement de séjourner à Nanning une petite semaine pour être victime de la « nanningomania » 9 août Frontière du Vietnam
De ma « petite bourgade » de Nanning, je suis à peine à 200 km du Vietnam. Je n’ai encore jamais franchi la frontière, question de visa, mais j’ai eu l’occasion l’année dernière de me rendre au plus bel endroit de la frontière que le Guangxi partage avec le Vietnam : les cascades de Detian.
Le Guangxi étant une province en voie développement, surtout en matière d’axes routiers, l’expédition jusqu’aux cascades n’est pas des plus simples, et la route pas des meilleures, enfin ‘vaut mieux avoir son petit déjeuner bien accroché au ventre… Les 30 derniers kilomètres, pendant lesquels on longe la frontière vietnamienne, sont toutefois bien agréables car agrémentés de paysages extraordinaires. Alors bien sûr, il y a le gouffre juste au bord de la route, mais derrière… les montagnes, les forêts, le fleuve turquoise, on aurait presque envie d’y plonger !
L’entrée des cascades ressemble à l’entrée d’un parc. Il faut savoir qu’en Chine dès que la moindre montagne, le moindre ruisseau ou le moindre arbre, présente un intérêt touristique, les Chinois y rajoute un intérêt commercial. Les cascades n’y échappent pas, 30 ou 40 yuan l’entrée il me semble, ça va, cela reste honnête, et puis de toutes façons une fois arrivé jusque la, on va pas faire demi-tour pour 4 euro. On s’engage alors dans le parc et déjà on cherche des yeux la fameuse cascade vue en photo si souvent à l’aéroport de Nanning. Non rien, alors il n’y a plus qu’à longer la seule route du parc qui doit bien finir par y mener, et qui est bordée de marchands de bibelots, cigarettes et autres souvenirs vietnamiens (et de nombreuses contrefaçons aussi), commerce frontalier oblige !
Et puis tout à coup, entre deux arbres apparaît la cascade, wah ! On la voit au loin, il faudra marcher encore une petite demi-heure pour l’atteindre, mais ça promet de belles sensations. L’excitation monte, les yeux brillent, le pas s’accélère, et la, au détour du chemin, surprise, une autre cascade apparaît, 4 fois plus grandes que la première ! Après quelques centaines de mètres, un chemin nous permet de descendre au pied de la cascade, et d’accéder aux bateaux qui nous rapprochent des chutes d’eau.
Attention par contre, il ne faut pas s’aventurer sur la rive gauche de la cascade, ou bien on se fait accueillir par les gentils soldats, mitraillettes en main… Et oui, c’est le Vietnam en face, alors à moins d’avoir un visa en règle, on s’abstient d’y poser les pieds librement.
Il n’est pas autorisé de se baigner dans ses magnifiques eaux turquoise, enfin je devrais dire « pas autorisé », puisque si le maillot de bain est déjà enfilé, personne ne nous empêche de piquer une tête. Ce jour-là, je n’avais pas mis mon maillot, et j’ai cherché un endroit où me changer pendant des heures… en vain, pas même un buisson discret. Quelle déception, 35ºC, un voyage interminable en car et camionnette dans la montagne, tout ça pour se tremper les pieds, un peu dur à digérer ! Les cascades m’ont éblouie, c’est certain, mais bon, si j’avais pu faire 3-4 brasses… La prochaine fois, c’est sûr, je partirai de Nanning en bikini ! 5 août Rendez-vous dans le Guangxi !Je me lance enfin à vous faire découvrir ma région, le Guangxi.
Bientôt 3 ans que j’habite à Nanning, et je m’aperçois qu’à part quelques anecdotes insolites, je ne vous ai jamais réellement parlé de l’environnement féerique où je construis ma petite vie.
D’abord, il faut situer. Le Guangxi se trouve à l’extrême Sud de la Chine, à la frontière avec le Vietnam. La plupart des étrangers ne connaissent pas cette région, ni Nanning son chef-lieu. Beaucoup de Chinois du Nord ne connaissent d’ailleurs pas non plus : « hein quoi, Nanjing ? » Mais non, Nanning ! Petite bourgade de….3 millions d’habitants quand même, mais c’est vrai, à l’échelle chinoise, c’est loin d’être une mégalopole.
Yangshuo En fait, les étrangers qui ont déjà eu l’occasion de venir en Chine sont peut-être déjà passés dans le Guangxi (sans le savoir…) puisque la plupart des Tours-opérateurs font une étape par Guilin, la ville touristique par excellence, « le plus bel endroit sous le ciel » selon les Chinois. Et c’est vrai, Guilin, ou plutôt Yangshuo et ses environs, est un paradis sur Terre. Les paysages sont d’une qualité exceptionnelle, montagnes calcaires en pain de sucre, rivières, rizières… Alors bien sûr, on compte une quantité de « laowai » (mot qui désigne les étrangers en chinois) surréaliste au kilomètre carré dans la « xi jie », l’artère principale du village de Yangshuo, où débarque en bateau tous les groupes de touristes, mais aucune importance, ils sont tous interceptés au bout de cette rue pour remonter dans leur car et repartir vers une nouvelle destination sans, une fois encore, n’avoir rien expérimenter du folklore local. Tant pis pour eux !
Et oui, il faut voir plus loin que les voyages organisés à 50 quand on veut réellement découvrir la Chine. A Yangshuo par exemple, si on négocie bien avec les locaux, on peut louer un vélo pour la journée pour seulement 10 yuan ! (soit 1 euro. Pour avoir le prix en euro, il suffit simplement de diviser le montant en yuan par 10) De quoi faire des ballades inoubliables dans les rizières, au milieu de montagnes qui sortent droit de terre et reflètent dans les rivières. Un spectacle unique qui s’admire encore mieux affalé dans un transat, le temps d’une promenade en radeau de bambou, au cours de la rivière Yu Long He.
Il existe un petit village à quelques km de Yangshuo, Fuli, encore très à l’abri des touristes, et que j’aime énormément. Le meilleur moyen pour s’y rendre est de s’entasser avec les villageois dans les petites fourgonnettes qui font l’aller-retour entre Yangshuo et Fuli. Les sensations sont fortes à 12 dans une 6 places, virages serrés entre le montagnes… une poule fait également partie du voyage, doit-elle payer son billet à 3 yuan elle aussi ?!. Arrivée à Fuli, j’ai toujours plaisir à monter dans les « micro camionnettes à 3 roues » qui attendent à la sortie du marché. C’est le moyen le plus pratique que j’ai trouvé pour me faufiler dans les petites ruelles de Fuli, encore très authentiques (et très cahoteuses aussi !) et arriver au bord de la rivière où l’on peut voir des bœufs à bosse (ou buffles, typique de la région) se baigner. Moi je reste en extase devant ce spectacle parce que j’adore les bœufs du Guangxi…
La raison pour laquelle j’aime me rendre à Fuli, c’est également parce que je connais un petit vendeur de calligraphies chinoises, très sympathique et qui propose des dessins et des calligraphies merveilleuses très-très bon marché. J’en achète toujours plusieurs pour offrir aux amis quand je rentre en France, c’est toujours un cadeau apprécié. Enfin, pour les amateurs d’activités aquatiques, j’ai vu plusieurs fois des kayaks passés près de Fuli (et des bœufs…), j’ai entendu dire qu’on pouvait les louer pour se faire des petites virées sympathiques. Pas de danger la rivière est en temps normal tout à fait calme (hors inondations exceptionnelles qui peuvent survenir lors de la mousson). |
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