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9月29日

Le Lijiang à pieds

Le mois dernier, j’ai enfin pu concrétiser la petite balade qui me trottait dans la tête depuis un moment : rejoindre Yangshuo depuis Guilin à pieds en longeant la rivière Lijiang. Les Chinois de la région connaissent l’existence de ce petit chemin sinueux qui slalome entre montagnes et rivière sur 83 Km, mais peu d’entre eux s’y aventurent, pas que ce soit dangereux, non, juste pas vraiment en phase avec les mentalités («on vient d’acheter une grosse Audi et on ferait le trajet à pieds comme des paysans?! »). Après avoir déniché sur internet une carte de la zone tracée à la main et les avis très favorables de jeunes Chinois qui avaient fait l’expérience du « tu bu li jiang » (le Lijiang à pieds) quelques mois plus tôt, j’ai donc enfilé mon sac à dos et mes gros godillots pour cette première grande traversée en solitaire.

 

Pour être honnête, parce que j’ai beau me cacher derrière un écran d’ordinateur je n’aime pas les sornettes, j’ai sauté les 2 premières étapes du trajet et commencé au Km 33, là où les paysages deviennent vraiment grandioses, et puis il me semblait que 50 km sur 2 jours étaient déjà bien suffisants pour moi toute seule.

Jour 1, Yangdi-Xingping: il fait beau, il fait chaud, je débarque en mini-bus à Yangdi et c’est avec mon short tout propre et  mon t-shirt bien sec que je me lance sur un trajet pas vraiment compliqué ; il suffit simplement de trouver le petit chemin qui longe la rivière (d’un côté ou de l’autre de la rive), éviter les pièges des fausses pistes qui s’enfoncent dans la montagne, sauter à travers les moustiques qui ont fait des rives du Lijiang leur paradis, boire de l’eau encore et encore sous le soleil accablant, et demander sa direction quand on a la chance de croiser des locaux. Ce que je retiens en arrivant à Xingping après 4h et demi et 22km : « wah la vach... c’est beau ! mais pas gagné pour demain, la route est encore longue ». D’autant plus que les Xingpingais avec qui j’ai pu discuter en fin d’après-midi me déconseillent tous de m’aventurer sur le chemin Xingping-Yangshuo, « ça n’a rien à voir avec ce que tu as fait aujourd’hui », trop broussailleux, trop montagneux, trop long, trop peu habité, trop inondé, trop « labyrintheux »... tels sont leurs arguments. Non, non et non ! j’ai une carte, j’ai des récits, j’ai des preuves que c’est faisable !!! Mais ils me découragent tous... tous sauf la petite serveuse de l’auberge où je me suis installée à Xingping qui m’indique la direction à prendre à la sortie du village : « de toutes façons, tu parles chinois, tu arriveras toujours à te débrouiller ». Ah enfin, merci !

 

Jour 2, Xingping-Yangshuo : les étirements de la veille ont eu du bon, mes jambes ont retrouvé leur vitalité du premier jou.... d’hier, et c’est sous le même soleil de plomb que je m’engage sur le chemin de Yangshuo, un chemin qui devient vite encombré d’embûches et obstacles. Au bout d’une heure de marche, je débouche tout simplement sur... la rivière... plus aucune issue à part l’eau ou la falaise abrupte de la montagne. ILS avaient raison... le chemin n’est pas pratiquable en été quand l’eau est au plus haut... découragement, soupirs ô désespoirs... mais il est hors de question d’abandonner, surtout à 10h du matin... Je reviens donc sur mes pas sur quelques centaines de mètres, laisse la rive du Lijiang derrière moi et me lance dans un chemin de montagne qui monte, qui monte, qui monte, je ne sais pas bien où mais certainement quelque part puisqu’il est tracé ! Après quelques minutes de grimpe, je découvre avec émerveillement un panorama de montagnes et d’eau à 180 degrés comme jamais je n’avais vu avant... moi qui pensais que tous mes voyages dans la région m’avait rendu insensible au charme des paysages de pics karstiques, je ne pensais vraiment pas pouvoir être encore surprise à ce point-là « put... la va... sa mè... c’est trop beau... » et dire que l’on parque les touristes dans des bateaux, c’est pas d’en bas qu’il faut voir ça, mais bien d’en haut.

 

Après plusieurs minutes d’extase, je poursuis le chemin qui s’enfonce de plus en plus dans la montagne et finit par se réduire à de petites tranchées broussailleuses partant dans toutes les directions. Un nouveau problème d’orientation se pose. Après plusieurs mètres hasardeux, je tombe sur un paysan à l’ouvrage dans ses plantations qui m’indique la direction à suivre pour retomber sur le chemin qui longe le Lijiang de l’autre côté des montagnes. Alors que, dégoulinante, je reprends la route sous le soleil de midi, le paysan me rattrape et m’invite à m’asseoir chez lui le temps de reprendre des forces et de me rafraîchir. Avec joie... sa famille est installée dans une petite maison en bois tout près de là, je suis accueillie par sa femme et leur petit garçon de 5 ans. Ils allument leur unique ventilateur raccordé à un modeste générateur, leur seule source d’électricité, pour que j’ai moins chaud (je dois être dans un état pas possible ...) et insistent pour m’offrir un bol de thé rafraîchissant « si-si bois, c’est plus efficace que tes bouteilles d’eau ». C’est vrai, cette sorte de thé chinois (liang cha) est non seulement très désaltérante, mais contribue également à apaiser la chaleur interne du corps, un truc de médecine chinoise (c’est le thé servi dans tous les restaurants du Guangxi puisque le climat chaud et humide de la région est vite source de petits maux liés à une chaleur interne excessive).

Avant de reprendre la route, le paysan, qui est décidément très gentil, complète ma carte de la zone en rajoutant le nom de petits villages qui n’y sont pas indiqués afin de faciliter mon grand « jeu de piste » et m’accompagne jusqu’en haut de la montagne pour me montrer par où redescendre « voila, c’est ici, tu suis le chemin jusqu’en bas, puis tu prends à droite et tu retomberas sur le Lijiang ». Quelle chance de l’avoir rencontré, je n’aurai jamais trouvé ce sentier toute seule. Après une demi-heure de descente, je retrouve effectivement la rivière, et c’est reparti pour Yangshuo, d’après le paysan « une fois que tu seras en bas, ce sera facile, tu suis toujours le fleuve, le chemin est très étroit par endroits mais tu as largement le temps d’arriver avant la nuit ». Le plus difficile passé (que je crois…), je continue donc sereine, flânant sur les bords de la rivière qui n’en finit pas de m’appeler par cette chaleur extrême, difficile de résister à l’envie de plonger dans ces eaux vertes aux reflets turquoises, peut-être qu’une autre fois je pourrais envisager le Lijiang à la nage !

Les broussailles reprennent petit à petit le dessus, et je me retrouve encore une fois dans une de ses fines bandes de terre à peine dégagée de son épaisse végétation et dont je ne vois pas la fin. Les toiles d’araignées témoignent de « l’intense circulation » sur cette section... mais je longe toujours le Lijiang, donc je suis bien sur la bonne voie. Une heure dans cette « jungle » et je débouche enfin sur une sorte de carrefour naturel au milieu duquel se dresse un gros arbre et d’où partent plusieurs petits chemins bien élagués. Je profite de cette endroit ombragé pour reprendre des forces, boire quelques gouttes de ma dernière bouteille, et jeter un coup d’oeil sur ma carte.

C’est alors que je vois apparaître un buffle, puis deux, puis trois, puis un chien, puis un garçon d’une douzaine d’années, et enfin un homme qui doit être son père. Visiblement, ils sont surpris de me trouver ici, certainement sous « leur » arbre, là où ils se reposent chaque fois qu’ils emmènent les bêtes aux champs. Ils n’osent parler, alors c’est moi qui me lance : « bonjour, c’est bien par là Yangshuo ? » Ils me répondent à l’affirmatif mais je lis encore plus d’étonnement sur leurs visages... « non mais je sais, c’est encore loin, je veux juste être sure d’être dans la bonne direction... il est loin le prochain village ? Pubu tang je crois ? » Comme le petit garcon m’a répondu en souriant « pas si loin... », je renfile mon sac, les remercie et m’élance sur le chemin devant moi avec une énergie nouvelle, plus que quelques kilomètres et j’arriverai à Yangshuo... « Non !!! pas par là, par là ! » je me retourne, le père et le fils crient en choeur et m’indiquent ce qui doit être le bon chemin, «suis les rizières ! », me crient-ils. Aaaah... merci ! décidement, toute seule, j’aurais eu l’occasion de me perdre des dizaines de fois...

« pas si loin, pas si loin... », à Nanning on m’aurait dit « à l’autre bout de la ville...». Les notions de distances sont certainement très différentes en campagne. Enfin, je profite du paysage magnifique, les « calanques de Guilin », et je rationne ma consommation d’eau en attendant de voir surgir le premier toit. Ce n’était certainement pas une idée  très ingénieuse de me lancer dans cette randonnée en plein mois d’août par cette chaleur... c’est dur... on m’avait prévenue à Xingping... et si j’arrêtais tout ça au prochain village ? si je prenais une moto pour finir jusqu’à Yangshuo ?

Enfin, un village se dessine devant moi, terre, terre ! C’est tout juste si je n’exécute pas un petit pas de danse en découvrant enfin ce point de ravitaillement. J’attrape ma bouteille de Wahaha (marque locale d’eau purifiée), la finis d’une gorgée et me lance à l’assaut de Pubu tang qui, si son nom dit vrai, devrait être une sorte de village « aux cascades », havre de verdure, fraîcheur des torrents, oasis salvatrice... Mirage... Pubu tang est aussi sec que Pékin en hiver... Après 100 mètres dans la poussière du village engourdi par la sieste et la chaleur de 14h, je tombe sur un garçonnet: « bonjour, dis-moi, tu peux m’indiquer où trouver une épicerie ? », aucune réaction... pas de petite épicerie de village ???... alors je repète, tremblante : « est-ce qu’il existe un endroit dans le village où l’on peut acheter des boissons ?». Son visage s’éclaire, merci... il me montre la maison en terre derriere lui. Une dizaine de personnes est réunie à l’intérieur, devant une vieille télé, une modeste vitrine présente quelques friandises, des pétards et des paquets de cigarettes. J’ai répéré un vieux congélateur derrière la télé où je trouve mon bonheur : de l’eau et une grande bouteille de « pschiiittt ananas ».

C’est alors que le drame arrive quand je demande à l’assistance : « Euh... s'il vous plait... par où est-ce que l’on récupère le chemin qui longe la rivière jusqu’à Yangshuo ? » Certains commencent à rire, je ne sais pas bien si c’est pour ma question ou les gags du film... après quelques secondes de silence, on me répond qu’il n’y a PAS de chemin pour Yangshuo, qu’à partir d’ici, il faut longer la route et PLUS le fleuve, qu’il n’y a PAS d’autre solution à cette saison, que c’est PAS la peine de chercher de chemin... pas, pas, plus, plus... Nonnnnnnnnn !!! je ne me suis pas tapée tout ça pour finir sur le bitume ! Après vérification du niveau du fleuve en bas du village, je dois finalement m’avouer vaincue... imposssible de passer. C’est vrai que j’avais pensé abandonner, mais pas comme ça, quand JE le déciderai ! mes boissons m’ont remise d’aplomb et je me sens maintenant prête à aller jusqu’au bout... mais sur route... aucun intérêt.... alors c’est décidé, si je croise une moto, un touk-touk ou autre moto-crotte, et bien tant pis, je le prendrai et ça en sera fini de cette randonnée !

Mais il faut déjà la rejoindre cette route, et le chemin qui sort du village n’en finit pas... d’ailleurs, j’ai l’impression d’être déjà arrivée dans un autre village, curieux qu’il n’y ait toujours pas eu de route... et puis c’est la révélation : les villageois de Pubu tang m’ont parlé de route mais ont-ils précisé « route goudronnée » ??? A quoi est-ce que je m’attendais ici au milieu de nul part, une 4 voies??? Leur « route » est un chemin sinueux et poussiéreux qui s’en va à travers la campagne entre montagnes et rizières... pour eux, c’est une route puisqu’à en juger par les traces, quelques camionnettes et motos doivent y passer de temps en temps, mais pour moi, cela reste un chemin, un bon chemin terrreux qui n’est bien pour marcher dessus . Je retrouve le sourire, un sourire qui se décompose malgré tout dès que je me retrouve sous le cagnard, mais ce n’est plus qu’une question de minutes, je m’attends à voir surgir Yangshuo à tout moment derrière les montagnes.

Une heure, une heure et demi, j’avance mais toujours rien... enfin, à bout de forces, je croise un jeune en vélo auquel je peux poser la question fatidique, c’est quand qu’on arrive ?... « Yangshuo ? oh il reste une bonne dizaine de kilomètres ». Quoi ?!!! mais comment j’ai calculé mon affaire ?! Une nouvelle fois, c’est l’abattement qui prend le dessus... mais je veux finir ce que j’ai commencé, alors je continue à me traîner lamentablement, cherchant le meilleur appui à chaque pas pour éviter de sentir orteils, talons, plats des pieds... aie, ouille ! mes jambes se sont transformées en poteaux... mes épaules sont sciées par le sac à dos... et la tête, alouette ! aaaaaaaaah ah ah ah, aaaaaaalouet-te... ouf, j’ai un chapeau... mais ça n’empêche que je suis déjà complètement frappée...

 

« Vingt kilomètres à pieds, ça use, ça u-se, vingt kilomètres à pieds, ça use les souliers... et les pieds, et la tête, alouette encore aaaaaaaaaaaaah.. »

« Qu’il est long, qu’il est loin ton chemin pap... bérénice... c’est vraiment fatigant d’aller où tu vas, qu’il est long qu’il est loin ton chemin bérénice, tu devrais t’arrêter dans ce coin... » non., pas question de s’arrêter, j’irai...

« ...jusqu’au bout de mes rêves, jusqu’au bout des mes rêeee-ves, où la raison s’achève.. »

« complètement toquéeeeeee, cette fille-là, complètement gaga... »

« chauuuuuuuud cacao, chauuuuuud chocolat, si tu me donnes l’entrée de Yangshuo, moi j’te donne mon pschiiittt ananas... » aya, trop chauuuuuuuud....

(S’ensuivent d’autres tubes et navets revisités par l’accablement...)

 

Eh ! voilà enfin quelqu’un dans un champ! « Le fermier dans son pré, le fermier dans son préeeeee, oh é oh é oh é, le fermier dans son pré...».  Je m’appproche du paysan : « Bonjour, on est à combien de kilomètres de Yangshuo ici ? ». Je n’ose écouter la réponse, m’attendant encore à de longs kilomètres de délires... « 3 kilomètres. Après le prochain virage, tu verras déjà les premières maisons ». Non ?! ça y’est ! si j’avais pu lui sauter au cou à ce fermier dans son pré! Je reprends donc le chemin en clopinant, mais avec déjà ce sentiment de réussite qui me rend aussi légère qu’une plume et me donne des ailes, des ailes bien rouillées, soit... mais j’avance, enfin je titube...

Les derniers mètres sont terribles, cette fois je suis vraiment à bout, et c’est sans doute telle un zombie que je pose enfin mes pieds cloqués à Yangshuo. 17h... cela fait 8h et 30 km que je suis partie de Xingping... plus jamais ça, plus jamais ça... enfin, plus jamais ça au mois d’août...

 

Et plus sérieusement, je recommande vraiment ce circuit à tous ceux qui aiment marcher, même si j’ai « souffert », ça a été la plus belle randonnée que j’ai jamais faite, mais attention, mandarin indispensable pour s’orienter, bonnes chaussures hautement recommandées et le mieux est de partir à plusieurs pour se soutenir dans l’effort !

9月14日

Pour patienter...

 

Quelques photos du Guangxi en attendant le prochain billet (album « été 2006 dans le Guangxi »)

Merci à ma cousine et son numérique !

7月27日

En route!

Le meilleur moyen pour se déplacer dans le Guangxi, c’est le car. Un réseau très complet a été mis en place dans la région, il s’étend d’abord des grandes villes jusqu’aux petites villes, puis des petites villes jusqu’aux communes, puis des communes jusqu’aux villages.... même si la région affiche un sacré déficit en autoroutes (et c’est tant mieux), elle est championne dans le nombre de cars et mini-bus qui dessert presque jusqu’au plus petit bled de la région (quand il y a une route bien sûr !). Alors, vous montez ?

 

La grande gare routière de Langdong à Nanning :

Des bus par dizaines étincellent dans les couloirs de départ, on court du guichet à sa porte d’embarquement, les cars partent à l’heure, tous les 15 minutes pour Guilin (à 400 km de Nanning), tous les 10 minutes pour Liuzhou (à 200 km), toutes les 20 minutes pour Beihai (à 200 km), en tout plus de 80 destinations pour la région et les grandes villes des région alentours, ça c’est de l’organisation ! Une fois sa place trouvée dans le car, on attend les consignes de la dame en rose, ou l’hôtesse de terre « il est interdit de fumer et de cracher par terre.  Jetez vos pelures de fruits dans les sachets mis à votre disposition SVP.... la distance à couvrir est de 190 km, la durée du voyage devrait tourner autour de 2h15 minutes...» qui se risque même parfois en anglais, mais dans ces cas-là, elle se limite à « ze distant is a one rundred and niny kilomenum, we rope you rave a pleazant joony ». Après ça, elle distribue une petite bouteille d’eau à chacun, cale un DVD dans la télé, le bus se lance sur l’autoroute et on entend plus personne jusqu’à la pause-pipi à mi-chemin, le moment également où 80% des voyageurs se rue sur les saucisses chaudes en bâtonnet (re gou, hot dog) en vente sur toutes les aires de repos, LA friandise de voyage...

 

Changement de décor, la petite gare routière de Jingxi, semblable à toutes les gares routières de chef de comté. Des mini-bus aux amortisseurs usés par les routes ondulées attendent les voyageurs pour les transporter dans les communes voisines :

L’horaire annoncée est passée depuis 10 minutes, le chauffeur se décide enfin à lâcher son journal et à démarrer le mini-bus où 5 personnes ont pris place. Le moteur râle, grince, gémit et finit par s’éteindre.... il faut s’y reprendre à plusieurs fois pour enfin donner à l’engin des consonances de bolide. Voilà, c’est le grand départ ! on laisse loin derrière le parking misérable de la gare routiere. Pas si loin finalement...à peine 100 mètres et le bus ralentit déjà : « Shuolong, Shuolong !!! » crie le jeune homme d’une vingtaine d’années faisant office de portier par une des fenêtres coulissantes. Aussitôt, un homme attablé à la terrasse d’un boui-boui laisse son bol de nouilles en plan, une femme agite les bras depuis son balcon « Shuolong ? attendez-moi ! », un jeune, flottant dans un jean délavé, sort tranquillement d’une arrière-boutique et traîne ses claquettes jusqu’à la porte du bus. Pourquoi se presser, le mini-bus effectue de toutes façons les premiers 800 mètres au ralenti, le temps de trouver assez de clients pour rentabiliser le voyage.

A la sortie de Jingxi, 10 voyageurs sont installés dans le mini-bus, le chauffeur passe enfin la seconde ! Cette fois, c’est parti, le mini-bus enfile les kilomètres à travers la campagne, les montagnes, les rizières, les paysages merveilleux... la route est peu encombrée, très peu de personnes par ici possèdent sa propre voiture, on prend les cars par commodité pour se déplacer. Premier coup de frein : le chauffeur a vu un paysan agiter sa bêche depuis un champ, un nouveau client pour Shuolong, il gare grossièrement le bus sur le côté en attendant que le paysan parcourt les derniers mètres le séparant de la route. Quelques secondes plus tard, celui-ci traverse en courant la dernière rizière, enjambe le petit fossé, rejoint les passagers et salue, de la manière bien chinoise, le chauffeur qu’il semble bien connaître : « Huang Jian, mon vieil ami, t’as mangé ? ». Le paysan s’installe à la place de devant, à côté du chauffeur, et tout deux commencent à discuter à voix forte de l’orage passé la veille sur le comté alors que le mini-bus reprend, dans un énième essoufflement mécanique, la route sinueuse de laquelle il s’était en partie écarté.

Quelques kilomètres plus loin, c’est un jeune couple chargé de tous ses effets personnels emballés vulgairement dans de grandes housses en plastique rayé qui surgit à l’entrée d’un hameau et fait signe au conducteur de s’arrêter, puis une femme avec un bébé attaché dans le dos à l’aide d’un grand foulard brodé, et enfin, un petit vieux et son coq dont la tête dépasse d’un sac en grosse toile... On commence à se serrer pour libérer des places assises aux derniers arrivés, lever les pieds pour entasser les cartons, sacs, paniers, bidons d’huile d’arachide, et autres bazars apportés par chacun. Le coq trouve également sa place sous la banquette usée, à côté du wok tout neuf transporté par le jeune couple... un mauvais présage ? L’animal ne peut s’empêcher de lancer un « cocorico » lamentable... les rires des femmes s’élèvent, et les plus belles plaisanteries de circonstance fusent à travers tout le bus qui poursuit sa course à travers les montagnes venues remplacer la plaine de Jingxi.

Une femme sur le bas-côté hêle à nouveau le mini-bus :

« vous passez par Hu Run 

- oui, allez, montez-vite

- mais... comment je fais pour eux ? »

Elle montre une grande cage rudimentaire en osier derrière elle dans laquelle sont entassés une douzaine de canards bien bavards . Après un rapide coup d’oeil dans le bus déjà trop « garni », le portier fait signe au chauffeur d’attendre quelques instants, descend du bus, puis se hisse sur la galerie à l’aide de l’échelle métallique plaquée à l’arrière du min-bus : « passez-les moi ! ». La femme soulève le panier rempli de bestioles désespérement, un paysan assis à l’arrière du bus lance son mégot par la fenêtre et descend donner un coup de main. Cette fois, sous les regards attentifs de tous les passagers qui se sont massés dans le fond du bus pour ne rien rater de la scène, la cage est hisssée sur le toit en 2 temps 3 mouvements. Chacun peut reprendre sa place, le moteur du bus vrombit dans un nuage de fumée grisâtre, les canards y répondent en choeur alors que le coq se lance dans un nouveau solo lyrique auquel plus personne ne prête attention ...

Après une dizaine de kilomètres, le bus entre dans un village très animé, c’est jour de marché à Hu Run. Plusieurs passagers se lèvent, récuperent leurs paquets et préparent leur bâton de bois ou de bambou qui leur permet de transporter leurs lourds colis en équilibre sur l’épaule (la palanche). Le vieillard attrape son coq pendant que la « femme aux canards » se fait aider pour récuperer sa cage avant de l’installer sur le bord de la route où se trouvent déjà plusieurs « stand » de volailles. « Shuolong, Shulong !!! », il faut trouver de nouveaux clients pour combler les places vides. L’heure est mauvaise, personne ne veut quitter si tôt le marché de Hu Run, seulement une personne monte : une petite boulotte qui se cale rapidement dans un siège avant de décortiquer une par une les cacahuètes qu’elle a dans un sac en plastique rouge, les résidus tombent à ses pieds, à côté des coques et feuilles de litchi laissées par les précédents voyageurs.

L’ambiance des premiers kilomètres est retombée dans le car partiellement vidé d’hommes et totalement de sa basse-cour... Le chauffeur s’improvise en DJ et lance dans son lecteur CD bon marché un des tubes les plus appréciés par ici. Deux jeunes, aux cheveux décolorés et dégradés dans la nuque, fredonnent les premières notes dans un mandarin approximatif à la limite du zozotant, comme le veut l’accent local. Le disque saute à chaque mouvement de la route, peu importe, ils connaissent les paroles par coeur, d’ailleurs le chauffeur les rejoint au moment du refrain « ru guo na tian ni bu zi dao wo he le duo sao bei... ». Les passagers sont contents, l’ambiance est revenue, le portier a même délaissé son portable multicolore sur lequel il envoyait des télé-messages entre chaque voyageur, pour se joindre à la chorale. Son visage se crispe à la recherche du timbre parfait, il passe une main dans ses cheveux mi-longs d’un orangé suspect et, chérissant un micro invisible, il incarne toute une génération de chanteurs... refoulés « ke si wo xiang xin wo xin zong di gan jue... ».

Les tubes de Dao Lang passés en revue l’un après l’autre auront eu raison des derniers kilomètres. Le bus entre en klaxonnant dans la petite bourgade de Shuolong et se gare sur le bas côté de la route puisqu’ici, il n’y a pas de gare routière. Les passagers récupèrent leurs affaires, s’acquittent de la course auprès du portier et se dispersent déjà dans le village. Le jeune couple monte directement dans un touk-touk (taxi 3 roues) qui attendait sur la place principale, sans doute pour se rendre dans un village un peu plus reculé. Le chauffeur éteint le moteur, allume une cigarette et reprend la lecture de son journal où il l’avait laissée, le portier compte rapidement les billets dans son sac-banane tandis que les premiers voyageurs commencent à monter. « Jingxi, Jingxi !!! »

7月7日

Histoire de papayes

Deux traiteaux , une planche de bois, un parasol, Madame Ma a dressé son étalage des spécialités de l’île aux abords de la grande plage où, chaque jour, s’arrêtent quelques cars de touristes chinois. Le soleil est écrasant, elle me fait signe de venir la rejoindre alors qu’elle m’installe une chaise à l’ombre des palmiers, et me tend une carambole toute fraîche qu’elle a sortie de son  présentoir.

 

Madame Ma, c’est la tante de Xiao Liang, j’ai l’habitude de la voir au petit village de Weizhou dao où je me rends régulièrement. Si elle ne s’affaire pas la journée entière à nettoyer le filet de pêche de son mari dans la coure du village, elle est dehors à raper des bananes pour les cochons, ou bien à servir des enfants en sucreries dans l’épicerie de dépannage qu’elle tient avec son gendre, une vieille maisonnette toute sombre à l’entrée du village où l’on trouve pêle-mêle, alcool de riz maison, biscuits, spirales d’encens anti-moustiques... Et puis quand les occupations sont réduites, elle en profite pour ouvrir son petit stand près de la plage entre 11h et 14h, l’heure à laquelle se succèdent les cars baladant les « touristes d’un jour » autour de l’île.

 

Alors que je croque dans la délicieuse carambole, Madame Ma me fait l’inventaire de ses trésors : fruits cueillis directement dans les arbres du village pour rafraîchir les touristes peu habitués à un tel soleil, Gecko Tokay (sorte de gros lézard), hippocampes et petits serpents séchés pour les fameuses « potions magiques » chinoises... on ne m’a pas livré la recette secrète, mais il paraît que cela fait des miracles chez les hommes ! Et puis, au bout de la table, Madame Ma a installé une demi-dizaine de « zhong hua ao » tous frais pêchés, ces drôles de bestioles carapacées aux allures de tank que j’ai souvent eu l’occasion de voir sur les marchés à Beihai, sorte de tortues à pics bien laides mais un régal en soupe selon Madame Ma. A ce moment-là, une quinzaine de touristes revient de la plage et s’apprête à remonter dans le car. Madame Ma attrape une grosse papaye et un « collier » d’hippocampes, et court vers le groupe  tout endimanché. Les femmes ont revêtu leurs plus jolies robes et ont sorti les petits talons (et puis tant pis si ce n’est pas la tenue la plus adaptée au bord de mer...), les hommes, quant à eux, ont enfilé de beaux ensembles fleuris short-chemise tous neufs... difficiles de les louper... de toutes façons, si ce n’est pas la tenue, c’est leur accent des grandes villes du Nord ponctué de « errrr » éduqués qui les trahis.

 

Madame Ma proposent ses produits à chacun d’entre eux, et montre son stand à 20 mètres de là. Pas de chance, les touristes font non de la tête en regardant Madame Ma de haut. Elle revient alors bredouille « Je ne comprends pas pourquoi est-ce qu’ils ne veulent pas de mes fruits, ils n’en trouveront pas de plus naturels ni de plus frais ailleurs. Ils ne savent pas ce qui est bon... Nous, notre vie est simple et on ne gagne pas beaucoup d’argent, mais au moins, on vit dans un environnement sain et on ne mange que des bonnes choses ». Je regarde Madame Ma, elle est deçue, je me demande si c’est parce qu’elle n’a pas pu vendre ses papayes auprès de touristes, ou bien si elle regrette que les citadins ne comprennent pas une logique d’hygiène alimentaire aussi simple. C’est vrai que partout où j’ai pu passer dans les zones rurales, la qualité des produits était bien supérieure à ce qui est offert en ville : poulet fermier, jambon fumé maison, riz cuit dans le bambou, galettes de riz glutineux aux plantes de la montagne, poissons et fruits de mer frais pêchés, fruits cueillis dans le jardin... Les produits du terroir, c’est vrai aussi en Chine.

 

Le refus des touristes pour ses papayes semblent vraiment avoir influencé l’humeur de Madame Ma, je me rends compte finalement que c’est leur attitude qui l’a le plus agacée « peut-être que l’on est des paysans, peut-être que l’on accédera jamais à cette société de consommation dont on parle là-bas (sur le continent), mais de toutes façons, à quoi ça servirait? on a tout ici. L’île est petite, on se déplace très bien en side-car, pas besoin de voiture. La mer et le terre nous donne tout ce qu’il faut à manger. Il n’y a pas de pollution ici, pas de bruit. Et puis on est à l’aise dans notre maison, beaucoup plus à l’aise que ceux qui s’entassent dans les grandes tours. Pourquoi est-ce que tu aimes autant venir ici toi ? ». Madame Ma vient d’énoncer parfaitement ce qui me ramène régulierement sur l’île : le grand air, la tranquilité, la simplicité des gens... je lui énumère à nouveau tous les avantages de l’île et la qualité de vie que l’on y trouve, elle retrouve le sourire...

 

14h. Le dernier car quitte la plage et prend la direction du port où est amarré le « Bei Bu Wan 2 » qui ramènera les « peaux blanches » sur le continent. Madame Ma range son stand, elle a vendu quelques reptiles séchés, mais la plupart de ses produits frais reste invendue. « Et bien tant pis, on les mangera nous-mêmes. Finalement, ce sont nous les plus chanceux ! »

6月9日

Carte postale de Jingxi

Le lac Qu Yang Hu est encore tout embrumé lorsque j’arrive dans ce petit village du Comté de Jingxi, Ouest du Guangxi. Des montagnes grises sortent tout droit des eaux sombres et viennent chatouiller le ciel qui se reflète sur l’eau dans une gamme déclinant toutes les nuances de gris et de noir, donnant au lac tout entier une dimension imaginaire. Je comprends alors pourquoi est-ce que l’on appelle ce genre de spectacle « shui mo hua » (lavis), ces paysages, bien réels, semblent tout simplement teintés d’encre de Chine...

 

Un tel environnement mérite bien une petite balade aux premières loges. Justement, en face de l’entrée du  lac, on a peint sur le mur d’une maison : « tours en bateau ». Un petit homme d’une soixantaine d’années remonte la route en courant « oui, oui, c’est moi le propriétaire du bateau ». Quelques minutes plus tard, je m’installe sur le banc en bois de sa mini-péniche, le capitaine retrousse ses manches et ôte sa veste, 5 tours vigoureux de manivelle mettent le moteur en route La promenade est bien agréable, l’eau est calme, et la brume qui se dissipe petit à petit révèle un lac beaucoup moins sombre qu’ il n’en avait l’air au début. « Quand il fait beau, on peut se baigner et puis pêcher aussi ». Je n’en doute pas, l’eau est très bonne, et une si grande étendue doit ravir les pêcheurs. Le villageois ne parle pas beaucoup et me laisse profiter de la douceur de la croisière, il me propose cependant avec entrain  « Après la balade, il faut venir à la maison goûter notre yu mi zhou ! ». Ici, les Chinois remplacent souvent leur bol de riz par une purée de maïs pour accompagner les plats. Je suis ravie de la proposition, je n’ai encore jamais eu l’occcasion d’y goûter.

 

Midi approche lorsque nous revenons près de la berge, « ma femme doit avoir presque fini de préparer le yu mi zhou, on va aller voir ça ». Nous trouvons en effet sa femme dans la pièce principale de leur maison. C’est un petit logis très simple de campagne, le sol est cimenté, les meubles très sommaires : une table basse et quelques tabourets, un petit buffet bas, et un grand plan de travail en pierre dans lequel on a incorporé une cuisinère plutôt rudimentaire. La femme me sourit tout de suite et m’adresse quelques mots dans un dialecte que je ne comprends pas. « Elle ne parle pas mandarin », me dit son mari. Tant pis, nous nous contentons de gestes et de sourires pour communiquer, c’est déjà un très bon depart ! Elle me montre comment raviver la flamme du fourneau en y inserant des enveloppes de maïs séchées, puis elle coupe de fines tranches de porc pour ajouter aux pois qu’elle vient de laver. Finalement, il ne s’agit pas de « goûter » au yu mi zhou, mais bien d’honorer un repas complet !

 

L’homme s’est assis sur un tabouret et s’applique maintenant à écrire ses coordonnées au dos de ce qui semble être une carte postale, « comme ça la prochaine fois, tu pourras m’appeler quand tu seras sur la route de Qu Yang Hu et je preparerai tout de suite le bateau ». Je suis etonnée de trouver des cartes postales dans ce patelin du fin fond du Guangxi alors que j’ai du mal à en trouver dans les grandes villes ! L’idée est très bonne en tous cas, ce petit souvenir est encore mieux qu’une carte de visite et trouvera sa place dès en rentrant à Nanning dans mon carnet d’adresses.

 

Le repas est prêt, la femme me donne un bol pour que je me serve dans l’énorme marmite de yu mi zhou et me tend une paire de baguettes. Elle apporte également sur la table le plat de porc aux pois et un plat de courge amère, « mange plutôt de la viande, la courge amère c’est pas très bon ». Nous mangeons ensemble tout en discutant, tous les deux ne manquent pas de me rappeler de me reservir toutes les 5 minutes « surtout il faut manger jusqu’à plus faim, ne te gêne pas », le porc est délicieux, mais je cale après le deuxième bol de maïs... Ils me racontent, enfin surtout l’homme puisque mon souci de communication avec sa femme n’est pas encore résolu, qu’ils ont 4 enfants. Le dernier étudie à l’université Qing Hua de Pékin, ils en sont particulièrement fiers. Il y a de quoi, c’est l’une des meilleures universités de Chine, seuls les meilleurs sont acceptés. C’est aussi un enorme investissement financier pour des gens vivant en zone rurale, ils ont eu recours à un emprunt pour payer les frais de scolarité et les dépenses quotidiennes de leur fils dans la capitale. « Peu importe, me dit-il, c’est tellement extraordinaire que notre enfant puisse suivre les cours là-bas ! »

 

Le repas touche à sa fin. Généralement, lorsque l’on mange chez l’habitant dans ce genre de petit village, il est coutume de laisser un peu d’argent que les villageois refusent toujours par politesse au départ mais finissent par accepter. Mais ce jour-là, impossible de laisser quelques yuans sur le bord du buffet... Je suis gênée, j’avais marchandé pour le prix de la balade en bateau... si j’avais su que je serais invitée à déjeuner après... Les deux époux sont catégoriques, ils m’ont invité amicalement pour partager le repas, surtout pas pour recevoir d’argent en échange, « tu reviendras la prochaine fois faire un tour en bateau, mais on ne veut rien pour ces quelques plats ! »

 

Peut-être ont-ils refusé cette contribution pour mon repas juste pour la face. Il y a certainement un peu de ça, mais je pense surtout que ce sont des gens très généreux, qui partagent le peu qu’ils ont. Je reviendrai au lac Qu Yang Hu, c’est certain. Ma carte postale, serrée contre moi, je me retourne pour leur faire un dernier aurevoir de la main, ils sont tous les deux dans l’encadrement de la porte, souriants, « A bientôt, à bientôt! ». Finalement, moi qui étais si emballée par la beauté du paysage en arrivant, je me dis que c’est la beauté de mes hôtes qui m’a le plus impressionnée...

5月19日

Visite au temple

Un peu en retard, ma visite dans le Comté de Hengxian de jeudi dernier

 

Le soleil tape dur, mais des Chinois par centaines et de tous âges, remontent le chemin en terre qui mène du village de Zhan Xu jusqu’au vieux temple érigé en la memoire du Général Ma. Aujourd’hui, le 14e jour du 4e mois selon le calendrier lunaire, c’est la Fête de « fu bo jie » pour tous les habitants des environs du fleuve Yujiang.

 

Le temple, du haut de ses petites collines, surplombe cet affluent de la Rivière des Perles, un excellent fengshui pour abriter la statue du célèbre Général Ma Jie ! Qu’a donc fait ce Général pour mériter un temple et une fête annuelle à lui tout seul ? Et bien il faut remonter loin, très loin, jusqu’à la dynastie des Han pour trouver la réponse :  « en l’an 40, le Grand Ma jiangjun (général) de passage dans la région, fit preuve d’un courage et d’un esprit stratégique exceptionnel en repoussant les invasions fluviales qui menaçaient les villages alentours. Il gagna en même temps l’amour du peuple grâce à sa simplicité et sa spontanéité à discuter avec les petits paysans ». Ca, c’était un homme de terrain ! Alors pour lui rendre hommage, on batît un temple quelques années plus tard qui sera restauré d’abord sous la dynastie des Song, puis sous celles des Ming et Qing . Le Général Ma a été « divinisé » comme d’autres grands personnages chinois, une statue du Général trône maintenant au centre du temple, le visage sévère, non sans rappeler la divinité taoïste Guanyu, le dieu de la guerre que l’on retrouve dans beaucoup de temples chinois (lui aussi personnage réel à la base dont la bonté et les mérites en firent un protecteur).

 

Tous les ans depuis, 3 jours et 3 nuits de commémoration sont donc organisés dans ce temple et rassemblent la plupart des habitants des villages voisins. Les « fidèles » allument des pétards à l’entrée du temple, font brûler de l’encens, et répètent les mêmes gestes que pour le culte des ancêtres le 5 avril (fête des morts) ou au Nouvel An chinois pour la visite aux défunts. Certains ont apporté des offrandes : biscuits, petits pains vapeurs, bonbons, huile d’arachide... qu’ils déposent au pied de la statue du Général Ma, sur une table où un tas de nourriture trop ambitieux menace de s’écrouler. D’autres achètent un petit sachet de riz, 50g environ, qu’ils feront cuire pour leurs enfants, c’est quelques grains achetés au temple apporteront certainement beaucoup de bonheur à ceux qui les mangeront.

 

A l’extérieur du temple se déroule une bien étrange cérémonie dans laquelle on « vend » le bonheur également. Pour 3 yuans (0,3 euro), un rituel et un « parcours santé » nous garantissent 10 heureuses prochaines années ; le prix d’un bon gros bol de nouilles, un excellent investissement ! A en juger par la foule qui s’est agglutinée pour participer, beaucoup sont persuadés de la valeur fondée de l’exercice : on entre d’abord par une porte en papier après avoir attrapé le ruban rouge lancé par le « maître de cérémonie » qui mène ensuite la personne se prosterner devant des « icônes » de dieux taoïstes. Celle-ci va ensuite s’assoir sur un banc à côté jusqu’à ce qu’un groupe d’une dizaine de personnes soit formé. Un autre organisteur vient alors les chercher et les emmène pour un tour de quelques minutes, tous à la queue leu-leu, tenant le ruban rouge du chef de file, tout ça sur le son des flutes et cymbales stridantes qui précèdent le cortège. Le groupe passe sous une espèce de tonnelle artisanale, certainement très symbolique, puis arrive à l’ultime étape de la procession : le pont infernal ! Il s’agit en fait d’un petit chemin en zig-zag fait d’étroites bandes de nattes tressées et posées en équilibre sur des bols retournés... une dizaine de pas à faire, sans tomber bien sûr (sinon retour à la case départ ???), pour arriver de l’autre côté, celui du bonheur bien mérité j’imagine (voir photo ci-dessous).

 

Tout ça est très déconcertant, surtout que beaucoup de Chinois, loin de la dimension solennelle, se livrent au parcours un brin amusé... alors est-ce plus un jeu qu’un rite ? Après avoir observé 4 ou 5 groupes passés, je suis toujours aussi perplexe.Disons que le parcours relève du divertissement symbolique, ou du symbole divertissant, comme vous voudrez... finalement, je trouve qu’ils ont raison, autant faire ça dans la bonne humeur.

 

13h, je prend la direction du retour. Il est temps, la foule arrive au temple de plus en plus nombreuse. Je me demande si la table où l’on entasse les offrandes tiendra le coup... Quel succès pour ce Général Ma ! Et pourtant, l’entrée au temple est payante cette année pour limiter les participants, ou bien pour s’harmoniser avec l’économie de marché... Je calcule qu’entre l’entrée, l’encens, les offrandes, et les divers charlatanismes, chaque personne dépense entre 15 et 25 yuans pour honorer son protecteur, le revenu moyen mensuel des paysans du coin tournant autour de 200 yuans. Alors à ce prix-là, le Général Ma a intérêt de continuer à protéger son peuple !

5月6日

Les calligraphies de DONG Qiao Zhong

Montagnes, dragons, bambou, fleurs de pruniers... des toiles de toutes les tailles et tous les formats couvrent les six pièces que forment l’échoppe de DONG Qiao Zhong. Jeune Chinois rencontré en 2004, il est celui que je viens saluer en premier dès que je pose les pieds dans le petit village de Fuli.

 

Octobre 2004, je me rends à Fuli en touk-touk pour la première fois. Le village n’est pas grand, mais conserve une partie très ancienne le long de la rivière Li, où jadis prospérait le commerce fluvial de la litchi. Depuis le kiosque traditionnel construit près de l’ancien port, les montagnes karstiques si typiques de Guilin s’étendent à perte de vue, la rivière coule paisiblement et vient chatouiller les buffles qui broutent au bord de l’eau, un pêcheur debout sur son radeau en bambou remonte tranquillement vers la berge. On comprend pourquoi les peintres de cette région ont été si inspirés...

 

DONG Qiao Zhong est encore élève et expose modestement ses calligrahies et peintures sur soie derrière celles de son maître, dans un petit magasin ouvert sur rue. Ce jour-là, nous faisons connaissance autour de ses toiles, puis il m’emmène à la découverte de son village, les vieilles maisons typiques, les temples improvisés, les ateliers d’éventails. C’est un jeune homme calme qui explique les choses tranquillement en prennant soin de choisir les mots justes, honnête, sincère, il me parle sans jamais faire allusion à ma différence, contrairement à la plupart des Chinois.

 

Ma deuxième visite a lieu 6 mois plus tard, DONG Qiao Zhong me reconnaît tout de suite, et est heureux de me montrer ses nouvelles toiles. Maintenant, il n’expose plus que ses propres peintures, et travaille dur pour proposer une vaste gamme de paysages, oiseaux, orchidees... Il peint également sur les éventails, puisque cet artisanat fait la renommée du village depuis plusieurs années, si bien que Fuli est parfois appelé « le village aux éventails ». Je choisis un paysage d’eau et de montagnes du printemps pour accrocher chez moi. Les peintres chinois ont l’habitude de décliner un même paysage suivant les 4 saisons afin de symboliser la progression naturelle et l’éternité, la peinture traditionnelle chinoise est avant tout très poétique!

 

Depuis l’été dernier, je passe régulièrement à Fuli, c’est vraiment un village où j’aime m’arrêter, autant pour le paysage spendide, que pour l’acceuil des locaux qui n’hésitent pas à vous proposer leur maison pour s’abriter quand il pleut, et puis bien sûr, pour rendre visite à mon ami. Le magasin de DONG Qiao Zhong s’est agrandi, il s’étend jusqu’au bâtiment d’à côté maintenant. C’est sa femme qui reste à la boutique, lui, il est toujours derrière à peindre, il reçoit fréquemment de grosses commandes par des revendeurs, alors il n’est pas rare qu’il travaille jusqu’à plus de 2h du matin. Mais quand je passe le voir, il laisse toujours ses pinceaux quelques instants pour venir me saluer, discuter un peu, répondre à mes questions… une constatation: plus je voyage et plus je m’aperçois qu’il est beaucoup plus facile de créer des relations simples et désintéressées dans les petits villages chinois que dans les grandes villes intoxiquées par le profit. Sans doute la même chose dans tous les pays…

5月5日

Glisse dans le Guangxi

Tous les ans, d’avril à septembre, c’est la saison des pluies dans le Guangxi, de grosses averses de moussson se déclenchent ponctuellement. A Nanning, on court en riant sous les gouttes tièdes pour se réfugier à l’improviste sous un arrêt de bus, un arbre, une avancée de magasin, le temps de laisser les gros nuages passer, et puis on patauge dans les flaques d’eau en tong alors que les moto cyclistes replient déjà leurs capes de pluie multicolores. Mais tous les ans à cette période, dans les montagnes de la région ou les zones plus rurales, l’arrivée de la saison humide n’est pas toujours aussi drôle, les fleuves gonflent, les rivières sortent de leur lit, la terre rouge se dérobe.

 

21h50 à Tiantou, un coup de tonnerre fracassant plonge dans le noir l’auberge des rizières en terrasses de Longsheng où j’ai l’habitude de loger. La patron arrive bientôt à l’étage, une poignée de bougies à la main « c’est une coupure d’électricité ne vous inquietez pas ». Non je ne m’inquiète pas, sa femme avait effectivement annoncé de grosses averses pour la nuit à en juger par le nombre d’insectes volant sur la terrasses après le dîner, c’est la saison des orages. Je vais me coucher et m’endors bercée par la pluie battante qui résonne sur le toit de l’auberge.

 

Au petit matin, la pluie tombe toujours, alternant entre déluges et acalmies, il va pourtant falloir redescendre au village d’en bas aujourd’hui. Un petit parapluie arrive dans la maison : « y’a pas d’école ! ». C’est la fille des propriétaires, elle a 8 ans, et tous les matins, elle descend à Dazhai comme tous les enfants de Tiantou, une demi-heure de marche le long du chemin en pierre pour suivre les cours de primaire dans la vallée. Ce jour-là, la pluie trop forte, les professeurs ont décidé de ne pas faire prendre le risque aux enfants de se lancer dans un parcours trop dangereux.

 

10h00, je suis toujours en haut et il faut prendre une décision... la patronne m’informe qu’il y a eu un éboulement sur la route entre Dazhai et Heping par laquelle je dois passer pour rentrer à Guilin, mais que les cars assurent quand même la liaison. Je fais alors mes aurevoirs à Tiantou (jusqu’à la prochaine fois) et profite d’une petite acalmie pour me lancer dans l’escalier en pierre qui mène jusqu’à Dazhai. Les marches ne sont pas aussi glissantes que je l’avais imaginé, mais à certains endroits, l’escalier s’est transformé en véritable cascade ! « man man lai », comme disent les Chinois, rien ne presse.

 

Alors que je descends les marches irrégulières avec une précaution infinie sous la pluie qui a repris de la vigeur, j’aperçois une nouvelle espèce d’oiseaux dans les rizières... Il s’agit en fait des « Tiantousais » qui ont revêti leurs habits de pluie. Loin du K-way Décathlon, ou même de la cape de pluie locale, certains villageois utilisent encore ces vêtements fabriqués en fibres de palmier (voir photo ci-dessous), une allure « moyen-âgeuse » mais une imperméabilité à toute épreuve ! La pluie ne les arrête pas, au contraire, ils redoublent d’énergie et s’affairent dans les rizières en terrasses pour faciliter l’écoulement de l’eau qui se déverse en quantité incroyable. On a commencé a planter le riz depuis quelques jours, alors ce n’est pas le moment de tout perdre.

 

Après une heure de descente, j’arrive enfin à Dazhai où un conducteur de bus m’explique la situation. Il peut m’emmener jusqu’à l’éboulement où un second bus m’attendra de l’autre côté. Nous partons sur la petite route de montagne, le fleuve si vert et si tranquille d’habitude n’est plus qu’un torrent de boue où la montagne et ses rizières semblent se vider totalement. Après 5km, nous arrivons sur les lieux de l’éboulement. La route est obstruée sur une vingtaine de mètres par des blocs de pierre et de terre rouge qui se sont détachés des parois de la montagne. Je traverse rapidement à pied cette zone avec les autres occupants puisque le mini-bus ne peut s’y engager, quelques cailloux continuent de glisser le long de la falaise, rien de sérieux, le plus gros est déjà tombé... mais ce n’est pas mécontente que j’arrive de l’autre côté ! Le retour jusqu’à Guilin avec le bus venu à notre rencontre se fera heureusement sans encombre, pas d’autres éboulements ou inondations sur la route.

 

Plus de 800 fleuves et rivières, 76% de relief montagneux, les paysages du Guangxi sont splendides, ça oui, mais il faut savoir faire avec quelques petits aléas...

4月21日

Dans la série Weizhou dao

Le cap est de nouveau mis sur l’île de Weizhou dao le week end dernier, l’occasion pour moi de poursuivre ma chasse aux pirates et aux complots imaginaires... (suite au billet précédent)

 

Samedi matin, 11h15, après près de 3h de navigation dans une mer «déchaînée », le Bei bu wan 2 sonne la cloche : « Terre, terre !!! ». Je quitte la cale du navire et descend à quai où Xiao liang est venue m’attendre. Sur le port, nous retrouvons son frère aîné et sa fidèle moto, direction le village, à 3 sur la terrible monture, cheveux aux vents, sourire devant.

Après un rapide bol de nouilles façon « Xiao liang » à l’auberge où j’ai retrouvé ma chambre, je me fixe l’objectif principal de ce court séjour : découvrir si le spectre de Zhang Yi Mou rôde toujours sur l’île et si les pirates ont déjà attaqué.

 

14h00, je suis sur le lieu de l’action, au sud de la plage de Shiluo kou, encore une fois déserte. Le bateau en bois est toujours là, des voiles, drapeaux, cordages, ont été rajoutés depuis mon dernier passage. Je trouve la porte de la grande maison close et les fenêtres barricadées, mais ce n’est pas ce qui m’empêche de me hisser au premier étage et pousser un rideau pour faire ma curieu... pour mettre au clair cette affaire...  Les mêmes meubles sont là, mais des débris sur le sol témoignent d’une agitation récente à l’intérieur. Mon enquête a pris du retard ! Pire, la cabane près des falaises a disparu ne laissant que le squelette d’un vieux lit en bois... Il y a du pain sur la planche Détective Bai !

 

(Afin de mieux coller au contexte et mieux ravir nos lecteurs, la production s’est réservée le droit d’exercer quelques modifications sur l’authenticité des faits du paragraphe ci-dessous...)

Je continue de déambuler sur la plage à la recherche d’un nouvel indice quand je trébuche sur une bouteille vide.. ou presque. A l’intérieur se trouve un parchemin sur lequelle une carte de l’île est dessinée et un point mystérieux y est indiqué. Je compte, calcule, mesure : 87 pas à l’ouest du Temple, 52 pas au sud du grand arbre vénérable. On m’a certainement fixé un rendez-vous secret afin de m’éclairer sur toute cette histoire.

(C’était quand même mieux que « j’ai poursuivi ma route sur la plage, remonté le grand escalier, pris la direction du rond-point mais bifurqué à gauche vers un autre village, et là, entre le vieux temple décrépit, et le grand arbre avec plein de racines, je suis tombée complètement par hasard sur... »)

 

Un jeune homme en costume Sun Yatsen gris clair, une paire de basket dernier cri à la main, sort du décor. Je m’approche, mais il passe son chemin... Je remarque quelques caméras discrètes entre les arbres à quelques mètre du Temple (serais-je épiée ?). Plusieurs personnes sont également présentes, je ne sais à laquelle m’adresser. Soudain une dispute éclate, tout le monde s’attroupe autour des mécontents, je profite de la diversion pour repérer mon informateur, caméra sur l’épaule, il a su trouver le costume de circonstance.

 

« alors, c’est bien un film que vous tournez ?

-         oui, hai shang chuan qi (ou « Comte marin » dans notre codage)

-         et... qui est le réalisateur ?

-         ben... je sais pas vraiment son nom en fait... »

 

Ah. C’est fou ce qu’il doit être connu alors. Je scrute le lieux du tournage, à en juger par les moyens mis en oeuvre pour tourner la scène, on est loin de la superproduction que j’avais imaginée...

Adieu Zhang Yi Mou, vache, veau, cochon... Je range mon imper au placard. Après cet échec sur l’enquête de ma vie (sur laquelle j’ai même appris récemment avoir été doublée par un agent de choc qui était sur les lieux de l’action dès janvier !), je rentre bien sagement au village de Xiao liang me faire consoler par les calamars, non sans noter au passage d’autres décors en préparation, d’autres camions « Jing »... oui mais ce ne sont pas ceux de Zhang Yi Mou !!!

 

Epilogue : un indice très précieux de Xiao Liang, la présence de la célèbre actrice Wu Qian Lian sur le tournage, m’aura permise, de retour à Nanning, de finaliser l’enquête en deux cliques sur internet... 25 épisodes sur l’île de Weizhou dao pour la série « Comte marin » (oui-oui, ça je le savais !) sont actuellement en tournage et ce, jusqu’à la fin du mois d’avril. Outre, Wu Qian Lian, l’actrice de Mongolie intérieure Si Qin Gao Wa, ainsi que Li Ming Qi font également partie du casting. La série, qui sera diffusée dès la fin de l’année sur le petit écran (chinois bien sûr), retracera l’histoire d’une jeune femme, dans les années 1930, qui vit sur son île depuis toujours, un peu en Robinson, jouant souvent à la pirate et qui... oui enfin l’histoire on s’en fiche un peu, encore une série chinoise à la noix, l’important c’est que cela se passera à Weizhou dao !

 

Quelques photos du tournage (bien sûr pas de moi puisque que je n’étais pas là au bon moment…)

4月12日

Weizhou dao, nouvel épisode

Enfin je retrouve Weizhou dao après des mois d’absence… Les bananiers sont en fleurs, les citrus aussi et parfument l’ile d’un délicat parfum qui vient s’ajouter à celui de la mer, du sable et d’une nouvelle saison qui commence. Toujours logée chez Xiao Liang (billet du 24 octobre), je passe mes journées à parcourir l’île de long en large, de chemins en sentiers, de plages en rochers.

 

Ce matin-là, mon inspiration me guide vers le parc volcanique. Je longe la belle plage de Shiluo kou, me retournant sans cesse pour voir la baie qui se dessine derrière moi, le panaché du bleu de la mer qui gagne petit à petit le blanc du sable. Je slalome entre les cactus malicieux de la plage, et me laisse chatouiller par le sable glissant entre mes pieds nus. Voilà, c’est ça, cette sensation de liberté, de calme, de bien-être que je n’avais plus expérimentée depuis longtemps. Je retrouve les rochers, les grands arbres, les coquillages, le bateau... un bateau ici?

 

Un navire de belle envergure se dessine sur le sable alors que je m’avance vers la grande falaise qui marque le bout de la plage. En m’approchant, je réalise que ce bateau est encore en construction, et à seulement quelques centimètres de l’eau ! Le bateau en lui-même est encore plus étonnant : tout en bois, 2 grands mâts, un gourvernail en poupe, le genre d’embarcation de laquelle on s’attend à voir surgir un pirate à tout instant... Bien étrange bateau que quelques menuisiers s’évertuent à terminer.

 

A quelques mètres de là, toujours sur le sable de la plage, on a également bâtit une grande maison en bois, recouverte d’un toit en paille. Weizhou dao n’est pas ce que l’on peut appeler une île moderne et développée, mais ce type d’habitation n’existe plus depuis bien longtemps ici, les pêcheurs vivent dans de « vraies » maisons ! Alors qu’est ce que cet immense bungalow vient faire là ?

 

Le soir, rentrée au village, je fais part à Xiao liang de mes découvertes, celle-ci est aussi étonnée que moi « une grande maison en bois ? ! je ne sais pas... il y a longtemps que je ne suis pas allée jusqu’au bout de la plage » Et puis soudain ses yeux s’éclairent « Ah mais si ! Un réalisateur de Pékin doit venir tourner un film sur l’île bientôt. On ne sait pas qui, quand, quoi, seulement que des gens de Pékin sont venus repérés les lieux il y a quelques mois en bateau privé». Mes yeux s’illuminent à leur tour, voilà pourquoi ce bateau et cette maison me paraissaient aussi décalés, c’est sans doute un film d’époque que l’on s’apprête à tourner.

 

Le lendemain, je retourne « visiter » les décors de la future superproduction de « pékinwood » dans l’espoir de dénicher quelques indices sur le film, je fais surtout quelques clichés du « lieu de l’action » en espérant pouvoir prochainement le reconnaître à l’écran. Je découvre au passage une autre maison, beaucoup plus petite que la première, mais encore plus charmante, construite contre la paroi des falaises, le genre de cabane dont on a tous rêvé gamins, et encore maintenant... On y accède par un pont en corde ou un écriteau indique en gros caractères qu’il est absolument interdit de monter. Dommage, j’y serais bien entrée pour jouer au Robinson quelques instants... 

 

Les jours suivants, le décor est devenu mon « terrain de jeu » préféré, j’y passe tous les matins mesurer l’avancée des travaux sur le bateau, observer les mouvements de la porte de la grande maison, tantôt ouverte, tantôt fermée, et détecter tout ce que je peux détecter sur le tournage... c’est à dire.. rien... mon flair est au plus bas...  Le 5e jour, en remontant de la plage au pied de la falaise, je tombe sur un camion immatriculé « Jing » (Pékin) en plein déchargement de chiffoniers, malles en acajou, horloge à balancier plus que centenaire, tables, tabourets, cruches... tout ça dans un style franchement peu contemporain... nous y voilà ! Si le temps m’avait permise de porter un long imper gris, j’aurais remonté le col et noté dans mon calepin « pièce à conviction n°3 », Pékin nous prépare bien un « Pirates dans les Car... dans la Mer de Chine méridionale », et Weizhou dao fera partie de l’action. On nous cache la vérité, mais c’était sans compter sur l’incroyable perspicacité du Détective Bai, ahahaha ahahhahaha ahahahaha (rire machiavélique).

 

Bien... où en étais-je ? Le lendemain, qui est également mon dernier jour sur l’île, alors que les « matelots-menuisiers » ont déserté le pont du bateau et qu’aucun « moussaillon de garde » ne traîne autour de la maison, j’en profite pour tenter une approche vers la porte d’entrée et jeter un coup d’oeil à l’intérieur. Le mobilier du camion de la veille est effectivement venu s’ajouter au décor, je découvre avec émerveillement une sorte d’auberge où j’imagine déjà évoluer des femmes en grandes robes à froufrou et des hommes en chemises blanches sentant la sueur, laissant deviner un poignard dans le creux de leurs bottines... la bière qui coule à flot, on trinque et rit bruyamment. Soudain, un beau ténébreux dégaine son sabre et le fait claquer à quelques centimètres du cou d’un vilain « ce n’est pas parce que tu nous as aidé à débusquer une embuscade des pirates que toutes ces filles sont à toi ! Retourne à ta bière et laisse le corsage de ces dames tranquille ! »

Ca c’est du scénario !

 

Je sors mon nez de la maison en bois, poursuis mon chemin vers les falaises tout en continuant de faire évoluer mes personnages, quand tout à coup, je suis sortie de ma rêverie par une voix singulière, la plage était pourtant déserte ? Près de la falaise, à l’abri des grands arbres, une dizaine de moussaillons est assise autour d’un homme qui semble jouer avec les mots, les bruits, les voix et tenir son assemblée en haleine complètement captivée par la prestance de l’individu. Un des moussaillon se retourne, et m’apercevant dit avec un accent pékinois très marqué « on peut laisser l’étrangère regarder hein », personne n’a l’air d’y voir d’inconvénient, pensant probablement que je ne comprends pas le mandarin... ce qui n’est pas tout à fait faux à ce moment précis car je suis moi aussi complètement hypnotisée par la prestation de l’orateur. Il présente, explique, donne des conseils qu’ils ponctuent de « cocoricooooooo » ou autres bruitages entre les phrases qui subjuguent et ravissent, il parle, parle, parle sans donner à mon cerveau la chance de tout saisir, j’attrape un « Zhang Yi Mou » au vol...  serait-ce possible ? Zhang Yi Mou est l’un des plus grands réalisateurs chinois, sinon le meilleur avec Chen Kai Ge. Alors est-ce que son nom a été cité en exemple ou bien se prépare t-il vraiment à tourner un film à Weizhou dao ?

 

Le temps presse, je dois retourner chez Xiao liang récuperer mes affaires pour prendre le bateau. Mon enquête en reste à ce point, un prochain séjour sur l’île de Weizhou dao me permettera peut-être d’en savoir plus, alors suite au prochain épisode!

4月11日

Rencontre à Huangluo zhai

Sur ma route pour Tian tou, le 6 mars dernier, j’ai fait étape dans le petit village de Huangluo zhai et fait la connaissance de Lao Yao, une femmes Yao rouge de 61 ou 62 ans (elle ne savait pas son âge exact) avec qui j’ai passé une soirée formidable, pleine de rires et riche en échanges.

 

Le cadre de Huangluo zhai n’est pas aussi magique que celui des villages « posés » sur les rizières en terrasses de Jinkeng, mais sa situation, au pied des montagnes, et ses grandes maisons en bois, lui donne un caractère irréel. Ce sont surtout les deux ponts suspendus au-dessus de la rivière et qui coupent le village en deux parties qui font tout le charme de l’endroit. Le niveau de l’eau est faible en cette fin de saison sèche, mais sa limpidité annonce de belles baignades l’été, au plus fort de la saison des pluies.

 

C’est justement près de la rivière que je rencontre Lao Yao chez qui je vais loger pour la nuit, elle vient de terminer de se laver les cheveux dans l’eau qui descend de la montagne. Le shampooing, pour les femmes Yao, c’est pas l’histoire de 2 minutes, j’ai entendu dire qu’avec la longueur de cheveux qu’elles enroulent autour de la tête, il faut parfois s’y mettre à plusieurs pour shampooiner !  J’arrive un peu tard pour vérifier, les cheveux de Lao Yao sont déjà rincés, mais pas encore ramassés dans le chignon particulier des Yao rouges. Finalement, je suis un peu déçue, sa chevelure ne lui tombe « que » dans le bas des reins, moins spectaculaire que je ne l’aurais pensé. Mes yeux s’accrochent tout de même au haut de sa tête, son peigne est planté dans le haut de sa chevelure, oui finalement, c’est le meilleur endroit pour le retrouver ! «  Attends, me dit-elle, il en manque une partie », de quoi, du peigne ? Elle m’entraîne à côté des rochers qui bordent la rivière, et je découvre deux grandes queues de cheval à sécher au soleil... Mais c’est le même principe que pour ma poupée Boucleline à laquelle on pouvait rajouter des mèches alors ! Lao Yao ramène ses cheveux en avant, dans un geste rapide les tourne jusqu’à ce qu’ils ne fassent plus qu’une torsade, accroche une première couette au bout de la torsade, la tourne également tout en enroulant les cheveux autour de la tête, puis ajoute la deuxième couette au bout de la première, fini son « turban » et enfin, réalise un chignon sur le devant retenu par le peigne sur le haut du crane... ouf... il ne lui aura fallu que quelques secondes pour se coiffer selon la tradition Yao rouge, mais tout ces « tourni-coti, tourni-coton » m’en donnent mal aux cheveux...

 

Le soir, après le dîner, alors que Lao Yao m’offre une tasse d’alcool de riz, j’en profite pour demander l’origine de ces deux couettes puisque, je suppose, Mattell ne lui a pas livré dans la boîte. Elle m’explique alors qu’elle a coupé ses cheveux longs à 18 ans pour faire une première couette. Les cheveux de la deuxième couette sont ceux qu’elle perd lorsqu’elle se coiffe, puisque dans la tradition Yao rouge, il ne faut pas laisser tomber ses cheveux par terre (ou dans la poubelle parce que je vois quelques maniaques dans la salle...). Donc ce sont bien tous ses cheveux, mais en 3 parties ! La plupart des femmes Yao rouges ont recours à ce stratagème pour élaborer leur coiffure compliquée, et plus elles sont vieilles et qu’elles ont collecté de cheveux au cours de leur vie, plus leur choucroute prend de... l’aisance, on ne parlera donc pas de calvitie féminine dans cette minorité.

 

Pendant que l’on est au chapître coiffure et révélations, Lao Yao me livre le secret de la brillance des cheveux des femmes Yao rouge et le moyen de les faire pousser plus rapidement. Vous pensez bien qu’elles n’utilisent pas les derniers produits de chez L’Oréal, ni même du « Suo fu te » national, elles piochent tout simplement dans la nature : l’amidon de riz en masque capillaire tous les 2 ou 3 jours, posé une demi-heure, puis, très important, rincé dans l’eau pure de la rivière... un soir de pleine lune en faisant 3 tours sur soi-même... oui bon, non, ça c’est moi qui rajoute... mais l’eau de la rivière possède t-elle vraiment des vertus « d’engrais à cheveux » comme Lao Yao en semble persuadée??? à vérifier cet été quand l’eau aura pris 5-6 degrés.

 

Bien que toutes deux très motivées par la facilité d’une discussion de coiffeur, nous nous mettons petit à petit à parler de l’ouverture récente du village au tourisme. En fait, l’endroit reste encore assez préservé mais l’été, des cars entiers de touristes, y compris étrangers, passent à Huangluo zhai, juste quelques minutes, le temps de voir un peu de folklore local en costume, alors forcément ici, on exploite le filon. « Les femmes du village demandent 15 yuans par personne pour montrer leurs longs cheveux détachés ! Moi je ne réclame rien, je vends juste mes broderies ». En effet, Lao Yao et ses amies passent leurs journées à broder sacs, vestes, ceintures, napperons... en attendant les touristes. Il faut voir comme, précises, elles attaquent le tissu sans modèle, juste en suivant la maille du tissu, pour broder fleurs et motifs colorés, et comme elles s’abîment la vue penchées sur leur ouvrage jusqu’à la tombée de la nuit. C’est qu’il faut prévoir le même modèle de foulard brodé dans toutes les couleurs possibles pour satisfaire les touristes. Finalement, les quelques yuans recoletés par la vente de leur artisanat servira à acheter une bonne grosse paire de « loupes » pour leurs yeux fatigués comme la plupart porte déjà...

 

Les cars de touristes, même s’ils ne sont pas vraiment très bien vus par les villageois par leur attitude « voyeuriste », amènent quand même, en plus de quelques revenus, un peu d’animation au village, surtout quand ce sont des étrangers ; de quoi se payer une bonne tranche de rire, parce que si les Occidentaux viennent au village pour « observer » cette minorité en costume rigolo, de leur côté, les Yao rouges, et surtout les femmes comme Lao Yao qui ne sont quasiment jamais sorties de leur village, en prennent plein la vue aussi avec tous ces blancs qu’on leur apporte en aquarium. Lao Yao se moque de ces grosses dames blanches qui arrivent à peine à descendre du car et se contentent de regarder le « spectacle » par les fenêtres. « Un jour il en est venue une d’au moins 200 kg, 4 hommes ont du la pousser pour qu’elle monte un peu dans la montagne, mais il n’y avait rien à faire, elle s’est vite essoufflée et est redescendue à peine à mi-chemin ! Elle était rouge, mais rouge... ahahahah. Enfin, continue t-elle, on est tout de même mieux ici qu’à Yangshuo. J’ai un ami là-bas, et il m’a dit que c’était vraiment le bazar maintenant avec tous ces touristes. Il m’envie de vivre au calme de Huangluo zhai ». Yangshuo, pour ceux qui ne le saurait pas, est un autre village de la région et qui a bien (mal) profité à l’invasion touristique occidentale ces dernières années, du moins la rue principale du village qui compte plus d’étrangers au mètre carré que de boutiques à souvenirs, c’est pour dire...

 

La soirée se poursuit et se termine doucement en compagnie de Lao Yao qui me parle du « cRafé » que les blancs aiment tellement « manger », et de ces ustensiles bizarres qu’ils utilisent à table, « comment ça s’appelle déjà, ah oui, des fourcheaux, tu trouves vraiment ça plus pratique que nos baguettes ? », adorable petit bout de femme qui tient absolument à me mettre un foulard Yao rouge sur la tête pour faire une photo ensemble. Cette photo-là, je la garde bien précieusement, ce n’est pas l’une de ces photos que l’on obtient avec un billet fourré dans la main, c’est vraiment pour moi le symbole d’un échange entre 2 cultures, 2 générations, que je ne suis pas prête d’oublier.

Où qu’elle était ???

ELLE était partie très longtemps dans un grrrrrand voyage qui l’avait menée jusqu’à Shanghai et même jusque dans la capitale, et même qu’elle s’était dit qu’elle était bien mieux à Nanning que dans ces complètement mégalo-poles. Elle avait aussi fait un petit tour dans le Guangxi le mois dernier au début de son périple au cours duquel elle était retournée voir les Yao rouges (voir billet du 6 février) de Longsheng et était repartie plusieurs jours dans son île préférée de Weizhou dao(voir billet du 24 octobre).

Voilà, je vous devais bien quelques explications après ce long silence radio.

3月13日

Télégramme du Guangxi

 

Très-très occupée en ce moment, stop.

Les nouvelles reprendront dès que j’aurais un peu plus de temps à moi, stop.

Toutes mes confuses , stop.

2月23日

Enigmes à Ningming

Etaient-ce les célèbres peintures du Mont Huashan ou les succulentes nouilles au canard rôti qui m’avaient attirée à Ningming ? Telle était la première question à laquelle j’etais confrontée en arrivant dans cette petite ville du Sud-ouest du Guangxi.... à ce moment-là, je ne savais pas encore que ma journée entière ne serait qu’énigmes et mystères.

 

Après avoir nettoyé soigneusement mon bol pour n’en laisser miette aux mouches virevoltantes, j’attrape un taxi-3 roues afin de me rendre au village de Shanzhai d’où partent les bateaux pour le Mont Huashan. Les peintures sur les parois de la montagne ne sont visibles que depuis la rivière, alors je monte dans la barque d’un villageois pour 40 minutes de trajet sur des eaux émeraudes pendant lesquelles je bois montagnes, bambous, buffles... Pourquoi ne fait-on seulement allusion qu’aux peintures du Mont Huashan lorsque l’on mentionne Ningming, et pas aux merveilleux paysages des alentours ? Un vrai « petit Guilin », et sans les touristes ! Sur les rives, des femmes lavent le linge, des enfants jouent dans les bambouseraies, des paysans surveillent leurs buffles en plein barbotage... ou en pleine séance de natation devrais-je dire, puisqu’ils excellent en la matiere... aaaah, mes « boeufs d’eau » comme les appellent les Chinois, je resterais des heures a les contempler...

 

L’air est doux sur la rivière, les nuages se dissipent à mesure que nous approchons du Mont Huashan. Assise à l’avant du bateau, j’en profite pour prendre mes premiers coups de soleil de l’année, sur le nez, pour ne pas changer. La barque ralentit, s’approche d’un pan de montagne, je me retourne vers le villageois qui me regarde d’un air désolé... Donc c’est bien ça... ça paraissait beaucoup plus grand en photo... Bon, mais je reconnais bien les bonshommes rouges qui s’agrippent à la montagne depuis plus de 2500 ans.

« Et alors, qui est-ce qui les a dessiné ? et pourquoi ? 

-         Ben, on ne sait pas justement, c’est ça qu’est intéressant ! »

 

Dit comme ça, les vieux dessins a l’air délavé m’apparaissent effectivement sous un autre jour, des dizaines d’histoires tournent dans ma tête ; j’imagine les ancêtres de Ningming à l’oeuvre peignant un bonhomme tous les jours pour marquer le niveau de l’eau pendant la saison des pluies, ou bien insrivant leur histoire symboliquement après avoir franchi cette montagne abrupte avec une nouvelle technique d’escalade que l’on appellera plus tard la varappe, ou encore s’exerçant pour les motifs à imprimer sur les vêtements de la collection printemps-ete - 501... et si c’était simplement le « fou du village » que l’on avait éloigné et qui était venu tout naturellement décharger sa haine sur cette immense toile « tiens, j’te les enverrais tous s’éclater contre la montagne ! »

 

Tant que l’on ne connait pas la vraie histoire des peintures de Ningming, toutes les versions sont permises ! Justement, les gens du coin n’ont pas l’air de tenir à ce que les scientifiques découvrent la vérité, c’est le côté mystérieux qui fait recette, plus personne ne viendrait voir les peintures si l’on savaient d’où elles venaient, disent-ils (Et les buffles ? Moi je reviendrais pour les buffles... ) Autre mystère autour de ces dessins, on ne sait toujours pas avec quoi est-ce qu’ils ont été réalisé, ou on ne veut pas le dire (ou on ne cherche pas... quand même, je suis sure qu’avec un petit prélevement, une petite analyse..). En fait, les bonhommes sont comme « imprimés » dans la montagne, d’après ce que l’on dit, on peut gratter plusieurs centimètres dans la roche, sans qu’ils disparaissent. Alors là, pour ce genre d’énigme, je suis beaucoup moins inspirée... une technique avancée d’injection peut-être ? Du laser ??? Sacrément en avance sur son temps le fou du village!

 

Pour finir, comme je suis un peu traumatisée depuis mon retour de Ningming, à force de me creuser la tête à chercher le pourquoi du comment de ces dessins... j’en appelle à votre soutien, votre camaraderie, votre esprit civique, votre sens de l’aide au prochain...  bref, toute vos thèses sur l’existence de ces dessins sont les bienvenues !

2月11日

Tirs et Dragons

Tous les ans a lieu une fête très particulière à Bingyang (80 km de Nanning), la fête des pétards et des dragons, ou « pao long jie » puisque ça sonne quand même mieux en mandarin, au 11e jour de la Nouvelle année chinoise. Ce soir-là, tout le monde est dans la rue et tente d’attraper un bout de la crinière des dragons pour avoir de la chance tout au long de l’année.

 

19h00, la nuit est tombée sur la petite ville de Bingyang, les magasins ont baissé leur rideau beaucoup plus tôt qu’à l’habitude, les derniers à table se pressent pour finir leur dîner et rejoindre les milliers de personnes qui ont envahi les rues du centre-ville en attendant le passage des dragons. Depuis plus de 300 ans à Bingyang, on célèbre « pao long jie » avec tradition et avec, tous les ans, un peu plus de ferveur, puisque cette fête devenue célèbre dans le Guangxi et même au-delà des frontières de la région, attire de plus en plus de participants, on parle de 60 000 personnes entrées dans la ville exprès pour l’évènement cette année, et j’en fait partie.

 

Les amis de Nanning avec qui je suis venue m’ont parlée de pétards, de dragons, de fumée... mais voilà, je n’en sais pas plus. Nous entrons dans la ville en « taxi-3 roues » puisqe la police a fermé tous les grands axes depuis l’entrée de Bingyang, et c’est à pied que nous terminons les derniers mètres pour arriver au « coeur de l’action ». A mesure que nous avançons, le bruit des pétards s’intensifie et résonne aux 4 coins de la ville, la foule s’amasse autour, mais autour de quoi ?... des détonations incessantes, de la fumée grisâtre qui envahit l’atmosphère...  impossible d’approcher pour en savoir plus.

 

La stratégie est donc de se poster sur le chemin que va emprunter l’un des dragons et d’attendre son passage, bien sûr, équipés de munitions pour l’accueillir comme il se le doit ! Les dragons mesurent environ 30 mètres de long, et prennent vie grâce à la dizaine d’hommes sous chacun, qui les font danser au rythme des tambours précèdant le cortège.

 

A 50m de notre position, le feu fait rage... Je ne vois toujours rien de ce qu’il se passe à cause des centaines et centaines de personnes qui forment le « front » de devant . De temps en temps quand même, j’aperçois une forme dépasser de la foule et qui semble cracher du feu tant les jets de pétards sont nombreux. Le dragon approche petit à petit, minute après minute la fumée gagne du terrain, la tension monte chez toutes les personnes qui se sont postées au même endroit que nous, « cartouches » de pétards en main, briquets prêts à dégainer...

 

Et puis tout à coup, les tambours arrivent. Tout le monde pousse pour s’approcher près de la route et réussir son tir de pétards qui brûlera peut-être la moustache du dragon, sa crinière, son ventre (pour la prospérité), ou sa queue. Mais où est le dragon ? je reste à côté des tambours, guettant l’arrivée du monstre, les gens autour cherchent comme moi la silhouette qui devrait surgir de la fumée d’un instant à l’autre après avoir échapper au groupe de devant. On retient son souffle... surtout pour ne pas inhaler la fumée de plus en plus piquante...

Le voilà ! Très vite, les pétards se mettent à résonner de partout, les gens, sur-excités, allument les mèches et les lancent en direction du dragon qui essaie de les éviter, j’en vois certains qui brandissent leurs cartouches de pétards allumées au-dessus de leur tête comme des lasso et les balancent au dernier moment avant le bouquet final, il y a même un enragé qui enroule la cartouche sur son torse, l’allume et attend que la mèche arrive au niveau de ses épaules pour l’envoyer sur la bête ! Plus qu’un jeu, c’est de l’art ! Je regarde émerveillée cette foule en délire, ce dragon qui n’en finit pas de danser, onduler, esquiver les pétards... Par moment le dragon se cabre et disparait, le chef de file, en charge de la tête, a été fouetté par l’explosion de pétards, mais il se relève très vite, fier de pouvoir faire danser le dragon de la Nouvelle année. Le spectacle s’achève au bout de quelques minutes laissant derrière lui un nuage de fumée épaisse qui prend le nez, la gorge, les yeux, je comprends maintenant pourquoi on m’a donné un masque chirurgique !  Je reprends mes esprits, prête à quitter le trottoir, mais le dragon fait demi-tour et revient à la charge ! les pétards reprennent de plus belle, et j’ai juste le temps de voir la tête du dragon revenir au galop avant de le voir s’évanouir dans la fumée. Les jets de pétards de la population en transe n’en finissent plus, j’ai du mal à croire que mes oreilles soient protégées par d’épaisses boules de coton....

 

 Le bruit des pétards baisse à peine quand le dragon fait à nouveau demi-tour, mais cette fois, je ne vois plus rien... la fumée est trop dense pour y voir à 1m, je tousse, je suffoque, mais les détonations incessantes sont si ennivrantes, je ne peux me résoudre à m’éloigner, l’ambiance est complètement folle. Au bout de quelques secondes, la tête du dragon surgit, c’est incroyable comme cela peut paraître vrai, l’impression soudain de se retrouver nez à nez avec une légende vivante. Un homme à côté de moi brandit un morceau de fil rouge, sur-excité, ses pétards ont atteint les moustaches du dragon, un signe de bonne augure pour la nouvelle année.

 

Le dragon passera 5 fois en tout devant nous, de plus en plus amoché, de plus en plus excité. Pour les 2 derniers passages, je suis aux premières loges, les morceaux de pétards volent partout, j’ai de la suie plein les yeux, des décibels plein les oreilles, mais je suis aux anges, l’ambiance est indescriptible.

Si j’avais su qu’un dragon me réconcilierait avec les mammouths...

 
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